Le Parc Naturel Régional de la Brière

Vous l’avez peut-être remarqué, nous aimons la randonnée, la balade, la nature et la photographie. Aussi n’avons-nous pas résisté lorsque nous avons vu passer un stage aussi attractif qu’instructif : un stage «photos-nature en Brière».

D’après ce que nous lisons, au cours de ce stage, Christian, photographe, et Patrick, animateur scientifique du parc, vont s’associer pour nous faire découvrir les richesses naturelles de la Brière et en photographie, apprendre à mieux cerner les sujets et exercer sa créativité.

Le programme doit comprendre des aspects théoriques mis immédiatement en pratique sur différents sites du Territoire du Parc. (prises de vue et critères de qualité d'une image)

Qui seront nos mentors lors de ce séjour ? Un passage sur Internet nous renseigne un peu.

Un stage de photographie en Brière

Christian, né à Lausanne en Suisse, est photographe professionnel depuis 1997. Il vit en France depuis l’an 2000. Dix ans d’expérience à l'Institut de Zoologie et d'Ecologie Animale de l'université de Lausanne ont assuré ses connaissances floristique et faunistique, et lui ont permis d’être régulièrement publié dans la presse internationale.

Ses photos, réalisées en collaboration avec des scientifiques, sont publiées dans nombre de revues scientifiques de Nature et de Science. Il participe à des expositions dans les musées et propose cours, stages et conférences illustrées.

Quant à Patrick, notre naturaliste, nous apprendrons qu’il a soutenu, en 1984, un doctorat d'écologie portant sur l'étude des peuplements passériformes des marais salants de Guérande et, plus particulièrement, sur l'écologie et le comportement de la gorgebleue.

Quel programme ! Nous prévenons deux amis aussi passionnés que nous et «En avant !»

La Brière

Notre camp de base se situe dans le ravissant village de Kerhinet, commune de Saint Lyphard, d’où nous rayonnerons pendant ces cinq jours, à la découverte des espaces préservés du Parc naturel régional de Brière.

Nous sommes répartis, les uns et les autres, entre trois gîtes. 2 chaumières traditionnelles ou le gîte d’étape de Kerroux, aux grandes chambres lumineuses, gérées par la dynamique Mado, qui sera aussi notre hôtesse lors des repas, pris au Gîte des Ecoliers.

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Le PNR, parc naturel régional de la Brière

 Présentation du PNR de la Brière

Ce matin, Patrick va nous expliquer notre terrain de jeux : le Parc et ses enjeux.

Créé par décret interministériel le 16 octobre 1970, le Parc naturel régional de Brière, le PNR, est situé à quelques kilomètres de l’océan atlantique, au cœur de la presqu’île de Guérande, entre Loire et Vilaine. Initié et financé par la région des Pays de la Loire, le département de Loire Atlantique et ses communes, il s’étend sur 49 000 hectares.

Il est bâti sur la mémoire et la vie quotidienne des Briérons, et, sur ses 49 000 ha, il englobe 8 bourgs et 18 communes adhérentes pour en sauvegarder le patrimoine culturel et naturel. Il s’articule autour de Saint Lyphard, un des plus riches territoires d’Europe en toits de chaume.

On y dénombre trois sortes de milieux naturels, aux habitants caractérisés : 17 000 ha de marais humides sont séparés par des zones de bocage, et sur la frange côtière, 3 000 ha de marais salants sont toujours en exploitation. Les marais recouvrent donc la moitié de sa superficie, nous offrant ainsi une étonnante richesse écologique.

Le marais et ses îles, dont les habitants, nommés les «canards» par les autres Briérons, se considèrent comme les seuls vrais Briérons, par rapport à ceux du Bocage, qu’ils désignent à leur tour du doux nom de «culs-terreux» et à ceux des marais salants, les paludiers, ou «culs-salés»…

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Quelques panneaux du Parc de la Brière

 Un peu d’histoire

Pendant des siècles, l’exploitation humaine des marais a réussi à enrayer leur évolution naturelle vers le comblement.

En 1461, François II, duc de Bretagne, proclame la libre jouissance du marais aux habitants. En contrepartie, ils doivent l’entretenir. Louis XVI reprend ces lettres patentes et donne la totale propriété de 6 850 hectares du marais de Grande Brière Mottière aux habitants.

De nos jours, encore, une grande partie est en indivis : elle appartient aux propriétaires de ses communes, 18 au début, 21 maintenant. Ils gèrent eux-mêmes leur marais qui constitue, sous certains aspects, un véritable Etat dans l’Etat. Chacune des 21 communes riveraines désigne un représentant pour siéger au sein de la Commission Syndicale de Grande Brière Mottière, seul organisme gestionnaire du marais indivis.

Mais, après la guerre, la régression des activités traditionnelles comme la culture et l’élevage et le transfert de la population active vers les industries de l’estuaire de la Loire ont eu des répercussions notables sur le milieu, l’habitat et la vie des Briérons.

Dans les années 50, pendant que les femmes faisaient tourner la ferme, les hommes travaillaient aux chantiers navals de Saint-Nazaire, rejoignant, le soir, leurs épouses sur l’exploitation et ajoutant à leurs tâches diverses la pêche ou l’extraction de la tourbe…

L’exode rural des années 60-70 a créé un abandon qui aurait pu être catastrophique pour le bocage et le marais : l’extension des roselières en a accentué le comblement, quant au toit de chaume, il a été longtemps considéré par les paysans comme synonyme de misère. Ceux qui restauraient leur maison le remplaçaient par l’ardoise bretonne traditionnelle.

Retour au présent

Néanmoins l’attrait touristique d’un endroit aussi privilégié tend à faire retrouver l’ancien équilibre. Le PNR, depuis sa création, s’est fixé comme tâches d’en protéger le patrimoine, de gérer au mieux les milieux naturels et les paysages, d’y contribuer au développement économique, social et culturel, d’y assurer, tant pour les habitants que pour les visiteurs, une belle qualité de vie.

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Vues des villages du Parc

 Grâce à l'action conjuguée du PNR et des élus locaux, régionaux et communaux, des infrastructures touristiques se sont créées, le patrimoine de la chaumière a été réhabilité et restauré : près de 3 000 toitures se trouvant sur le territoire du Parc sont en couverture végétale, ce qui représente 60% des chaumières françaises.

Nous allons donc tâcher, pendant ces cinq jours, de découvrir toutes les richesses d’un endroit aussi prometteur !

Le Passage des hommes en Brière

Le village de Kerhinet, où nous résidons, est un ancien village Briéron que le temps avait oublié. Il tombait doucement en ruines, lorsqu'à la création du Parc Naturel Régional de Brière en 1970, on a décidé de le restaurer.

...Aux périodes modernes.

En effet, avec ses voisines, Kerbourg, Kerdanaitre et Kercradet, Kerhinet regroupe la plus forte concentration des 700 chaumières disséminées sur le territoire de la commune de Saint-Lyphard, sur les 3 600 que compte l’ensemble du Parc briéron.

Les chaumières de Kerhinet : L’âme de la Brière et du Parc

Le nom en «ker» de plusieurs de ces hameaux vient, nous dit un panneau, du vieux breton «caer» qui voulait dire alors «enceinte fortifiée» et qui a peu à peu évolué vers le sens de hameau, demeure, habitation. Quant au suffixe "hinet", il semble qu'il ait le sens de "hanté". Bienvenue donc dans le hameau hanté !

Le village s’organise autour d’éléments communs : deux fours, le puits, la mare, un lavoir empierré que chacun avait le droit d’utiliser. Pour dire qu’on se servait du four, par exemple, on posait à côté un fagot dont l’attache identifiait la famille ! Les chaumières sont alignées le long du chemin, la parcelle de terre cultivable est située à l’arrière de la maison.

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   Le chemin principal, la mare et un  four municipal

 C’est vers le milieu du XVII° siècle que ces chaumières sont devenues une composante importante des villages briérons. Elles relèvent d’une architecture traditionnelle : en général, une pièce unique, aux murs épais et au volume bas, pour mieux conserver la chaleur, qui servait de chambre, de cuisine et pour les activités domestiques telles que le filage ou le tissage.

Surmontées de combles qui accueillaient les réserves de la famille, elles sont percées de trois petites ouvertures tournées vers le soleil : la lucarne du grenier, par laquelle le foin était hissé, la fenêtre du rez-de-chaussée et la porte à double battant (la porte à «lusset»).

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Kerhinet : de l'aube au crépuscule, l'enchantement persiste

Les murs sont en torchis ou en pierre sont recouverts d’un crépi de chaux. Un large toit de chaume les recouvre ainsi que les dépendances, les «créniaux» : une étable, une écurie, une salle pour les outils et le matériel agricole, qui leur sont accolées pour éviter la construction d’un autre mur.

Le chaume, qui provient de nos jours plutôt de roseaux de Provence, a une durée de vie moyenne de 30 ans, sa longévité étant liée à la pente, à son exposition et son environnement. Chaque chaumière possède une unique cheminée, toujours construite dans l’axe du pignon.

La chaumière aujourd’hui

Grâce à l’action conjuguée et au soutien financier des élus locaux, régionaux et communaux et du Parc naturel, 18 chaumières ont pu être restaurées ces quinze dernières années. Le Gîte des Ecoliers, où quelques-uns d’entre nous dorment et où nous mangeons tous, en est un bon exemple. Une autre chaumière abrite la reconstitution d'un intérieur Briéron du début du siècle et une exposition permanente des artisans d'art locaux, et, au cœur du village, l’auberge a retrouvé tout son éclat…

La chaumière vit donc encore vaillamment : sous ses aspects anciens, ses murs épais et sa fourrure de roseaux protectrice, elle est à l’intérieur judicieusement réaménagée aux normes du confort moderne. Nous y avons trouvé, lors de notre séjour, de belles salles de restauration ou de travail (y compris une superbe salle de projection et de conférence sous les combles), ou bien les équipements de cuisine et sanitaires nécessaires à l’homme – et à la femme – moderne !

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Kerhinet : l'auberge, le gîte des Ecoliers et la salle de réunion

Le village reçoit chaque année 200 000 visiteurs, et pour les renseigner lors de leur parcours, 12 bornes en granit nous renseignent sur l’historique du village et les us et coutumes anciennes.

Mais comment en décrire l’enchantement ?

Au petit matin du printemps, la lumière dorée du soleil perçant les frondaisons tombe en biais sur les pâtures où se réveillent doucement les moutons blancs et noirs (ce sont des représentants de la rustique race « lande de Bretagne), où les vaches briéronnes dorment encore sous les pommiers dans la brume qui se lève… Un des deux coqs du village, perché sur un muret, fait le beau pour nous, son rival se pavane au sol avant de le défier en combat singulier.

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Kerhinet : la basse-cour vit sa vie en liberté

Indifférente à ce tapage, Madame la poule, chargée de famille, dirige sa troupe de poussins dans le ruisseau qui borde le chemin et lui montre comment gratter pour faire surgir le ver délicieux ou la tendre pousse… Un autre matin, pluvieux celui-là, elle abritera sous ses ailes éployées son petit monde. Curieux, un bébé pointe le bout de son bec vers nous qui saluons au passage la famille, vite rappelé à l’ordre par la mère attentive.

Dans leur enclos, trois oies cacardent à qui mieux mieux : nous voilà replongés dans l’âme immuable des légendes…

Le Moulin de la Fée

Entre le Dolmen de Kerbourg et le village de Kerhinet, se dresse fièrement le Moulin de la Fée. Suivant un nouveau concept original et surprenant, il dresse un trait d’union entre le passé et le présent. Cet ancien moulin à farine est devenu une éolienne produisant de l’électricité réinjectée dans le réseau EDF.

C’est en l’an 2 000 que, pour ses 51 ans, Michel, ancien garagiste originaire d’Héric, réalise son rêve d’enfant. Il s’offre le moulin de la Fée, qui dont le nom vient de la girouette ornée d’une figurine en forme de fée.

Le moulin de la Fée et ses ailes - éoliennes

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    Le moulin de la Fée et ses ailes - éoliennes

 Passionné de mécanique, il pense vite à utiliser la force du vent afin de produire son électricité. Tout en conservant son esthétique traditionnelle, il consacre cinq ans à automatiser l’ancien moulin, alliant mécanique, hydraulique et informatique. Il surélève la tour d’un étage pour que les nouvelles ailes de 17 mètres de diamètre puissent passer au-dessus de la maison d’habitation.

Le dernier étage abrite une salle des machines qui lui permet un fonctionnement en totale autonomie. La rotation à 360° des 10,8 tonnes du chapeau et le déploiement des ailes sont pilotés par informatique et les mouvements de la girouette enregistrés par des capteurs transmettent à un automate les informations de direction et de vitesse du vent.

On peut visiter le moulin, comme 2 000 personnes l’ont déjà fait en 2006. Arrivé au bout de son rêve (et de ses finances), Michel pense maintenant à le revendre pour pouvoir breveter ses inventions et les adapter pour le reste du territoire.

Ce prototype est en effet reproductible sur les 1 500 moulins de France, ce qui permettrait d’honorer le patrimoine et la mémoire de nos anciens tout en suivant les directives européennes qui préconisent de porter à 21% le taux d’énergies renouvelables en 2010, contre les 8% nationales actuelles.

Le Passage des hommes en Brière

L’histoire des hommes, ici, remonte à la nuit des temps…voire au-delà ! Dès le néolithique, nos ancêtres vivaient dans cette grande cuvette vallonnée et boisée, la Grande Brière, qui s’étendait au pied du Sillon de Bretagne.

Des temps anciens...

Sédentarisé, entre 5 000 et 2 000 av. JC, il bâtit des maisons en bois, cultive des plantes et élève des animaux. Il apprend le polissage de la pierre, la poterie, le tissage, la vannerie et utilise la meule ou la faucille.

De nombreux témoignages de l’architecture mégalithique en témoignent. Plusieurs mégalithes parsèment les environs, et juste entre Kerhinet et la D51, près du moulin de la Fée, les plus remarquables sont les dolmens de Kerbourg.

Les Dolmens de Kerbourg

On a en effet retrouvé deux dolmens, lors du défrichement des landes en 1876 au sommet de la colline de Kerbourg et on les a classés à l’inventaire des Monuments Historiques en 1951.

Nous avons visité le premier, le mieux conservé. Il date du néolithique moyen ou ancien, c’est-à-dire à peu près vers 4500 avant notre ère.

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Le Dolmen n°1 de Kerbourg. L'allée couverte.

Il reste de cet ensemble le couloir d’accès, une allée couverte, de 7 m de long pour 3 de large, faite de grandes dalles de granite reposant sur des supports en pierre, qui débouche sur une chambre funéraire, une sépulture collective, familiale ou tribale.

Il était, à l’origine, recouvert d’un cairn, une chape de pierres sèches en forme de dôme, comme pour le Tumulus de Dissignac, situé à environ 5 kilomètres à l’ouest de Saint-Nazaire. Le cairn restait accessible pour des cérémonies cultuelles ou de nouvelles sépultures.

On pense qu’il a dû être vidé dès la fin du Néolithique, pillé à l'époque romaine, et les pierres du cairn ont certainement dû servir à l’édification de monuments ultérieurs.

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Le couloir et la chambre funéraire.

 Chassés par une remontée de la mer, les habitants ont abandonné la région pendant 2 3 générations. C’est alors que s’est formé le marais, retenu par une digue créée par les alluvions de la Loire.

Dans la tourbe noire, formée au cours du temps par les plantes aquatiques, on trouve des arbres fossilisés, vieux de plus de 5 000 ans, les mortas, que l’on sculpte maintenant.

La trace des légendes

Un marais est source de vie et de nourriture : les hommes s’y sont vite réinstallé. Est-ce à cette époque que sont nées les légendes ?

Les grands sillons bretons n’ont-ils pas été creusés par le dragon qui hantait ces lieux ? Ou par une anguille géante, puisque le serpent ou le dragon, dans le monde celtique, comme dans de nombreuses autres civilisations est un symbole chtonien des forces de la nature, du territoire et des forces souterraines.

Toujours est-il qu’un dragon ou un serpent, donc, terrorisait la région. Vieillards, femmes, enfants et même les hommes fuyaient le feu qu’il vomissait. Pour obtenir la paix, ils acceptèrent de lui livrer, chaque année, une douce vierge qu’il dévorerait…

Mais un jour, un ermite, Lyphard (Lefer en Breton), passant par là, décida d’affronter le monstre sanguinaire. Trois jours et trois nuits, il le poursuivit avec acharnement. Au dernier matin de cette folle poursuite, il l’accula dans son marais, à l’ouest de la Brière. Il lui porta de son épée un coup si violent qu’il fendit en deux le dolmen sous lequel la bête s’était réfugiée et, dans le même élan, lui fendit la tête et le corps de haut en bas !

On peut encore, de nos jours, voir la fameuse Pierre Fendue sur la Butte de Bombardant, près du village du Clos d’Orange.

Quant à Lyphard, sanctifié par son acte, il devint le saint patron de la paroisse à qui il a donné son nom.

Lorsque le marais est brumeux, c’est que la tête du dragon fume encore : honnêtes gens, passez votre chemin, la bête pourrait encore vous égarer…

Sachez encore que de nombreux Bretons ne mangent pas d’anguille, fameux mets du terroir, car elle est pour eux plus un serpent satanique qu’un honnête et délicieux poisson…

Le pont de Gras

En revenant de Guérande, Patrick nous mène au cœur de la forêt. Au milieu d’une roselière et d’iris en fleurs, nous devons traverser un ruisseau sur un ouvrage ingénieux : une allée de pierres fichées dans l’eau et surmontées d’une rangée de pierres plates qui surplombe à peine l’eau en la laissant, par endroits, passer.

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Le pont de Gras

Il s’agit du Pont de Gras, que l’on dit ici gallo-romain, bien que les historiens ne l’aient pas réellement identifié comme tel.