La nef de la cathédrale Notre-Dame d'Amiens

Lorsque nous pénétrons à l’intérieur de la Cathédrale, nous sommes saisis par ses dimensions exceptionnelles et, en même temps, par l’harmonie et la beauté qui s’en dégagent.

Des dimensions impressionnantes

Le vaisseau pourrait paraître démesuré, quand on en lit les dimensions, indiquées sur les panneaux explicatifs. Elles donnent le tournis. Son volume est d’environ 200.000 m3 pour une surface couverte de 7.700 m2 soit deux fois Notre-Dame de Paris…

Quant aux mesures, en voici quelques unes : longueur totale : 145 m, largeur de la nef : 14,60 m, largeur de la nef, avec les bas-côtés et le chapitre : 40 m, longueur du transept à l’intérieur : 62 m, hauteur de la flèche : 112,70 m, hauteur sous la clé de voûte : 42,30 m, ce qui est proche du maximum supportable pour cette architecture, mais qui crée une impression d’élévation, de finesse et de légèreté incomparables.

Vue de la cathédrale d'Amiens vers le choeur Vue de la cathédrale d'Amiens vers le fond et les orgues

Mais, bien plus que ces chiffres, ce qui frappe est l’élégance de ce que nous voyons. La cathédrale suit un plan, très simple, en forme de croix latine classique. Viollet-le-Duc, qui en a assuré, en 1849, une restauration efficace sans trop d’ajouts personnels, a dit qu’elle était « l'église ogivale par excellence ».

La nef et les collatéraux

L’intérieur est composé d’une nef à 7 travées à bas-côtés simples. Le transept saillant, dont les bras profonds de trois travées sont bordés de collatéraux, précède le sanctuaire.

Ce dernier, au-delà de quatre travées droites, se prolonge par une abside à 7 pans. Les collatéraux internes du sanctuaire sont reliés par un déambulatoire tandis que 7 chapelles rayonnantes correspondent aux bas-côtés externes.

 
Le buffet d'orgue de la Cathedrale d'Amiens Les stalles du choeur d'Amiens

Les voûtes, élevées sur cent vingt-six grosses colonnes à arêtes, reposent sur quatre nervures croisées diagonalement. Enfin, cinq portes principales permettent l'accès vers l'extérieur, et six escaliers à vis mènent aux étages…

Et tout cela respire la douceur et l’harmonie : comme le soleil est fort, nous baignons dans une lumière blonde qui fait chanter les décors, fort simples, d’ailleurs.

Deux gisants de bronze, en demi-relief, supportés par six lionceaux, nous accueillent près de l’entrée : ceux d’Evrard de Fouilloy, premier évêque bâtisseur de la cathédrale et de son successeur Geoffroy d’Eu. Coulés d'une seule pièce, ils sont les seuls gisants en bronze du XIII° siècle et de cette taille subsistant en France.

 
Le gisant de bronze d'Evrard de Fouilloy Les stalles du choeur d'Amiens

Derrière nous, sur la façade occidentale, nous admirons, sous la grande rosace, dite « Rose de la mer », le buffet d'orgue gothique, d’un superbe travail.

La tribune de l'orgue, ornée de statues, date de 1429. On y avait installé un premier instrument de 2500 tuyaux, mais, de siècle en siècle, l’orgue a été modifié et agrandi. Il est considéré, dorénavant, comme l’un des plus beaux de France, avec ses 57 jeux sur 3 claviers à traction mécanique et à pédalier.

Le dallage

Nous longeons, de chaque côté, 12 chapelles, qui n’étaient pas dans le plan primitif de Robert de Luzarches. Elles ont été ajoutées, de même que les contreforts ont été aménagés et renforcés, entre la fin du 13e et le début du 14e siècle.

Un dallage en hommage aux évèques et architectes contructeurs

Au sol, un beau dallage en marbre noir et blanc dessine, au milieu de la nef, un labyrinthe octogonal de 234 m, encadré de motifs géométriques sur le reste de la cathédrale. Il se résout, en son centre, à la croisée du transept, en un beau motif, octogonal lui aussi, autour d’une croix indiquant les points cardinaux : le portrait croisé des 3 architectes et de l'évêque Evrard de Fouilloy.

Il s’agit, pour cette pierre centrale, d’une reproduction refaite à l'identique au XIXe siècle suivant le dessin du XIIIe siècle, l'original étant conservé au musée de Picardie.

 
Le chevet de la cathédrale et ses vitraux cathédrale d'Amiens autel lateral vierge cathedrale amiens grand autel cathedrale amiens

Autour, gravé sur une bande de cuivre, figure le texte de fondation de la cathédrale : la date, «1220», le roi, «Louis fils de Philippe le Sage», les maîtres d’œuvre, «Maître Robert, surnommé "de Luzarches", Maître Thomas de Cormont et son fils Maître Renaut qui fit mettre, à cet endroit-ci, cette inscription en l'an de l'Incarnation 1288».

Lumière et couleur

L'élévation intérieure comprend trois niveaux : le rez-de-chaussée, avec ses grandes arcades et ses bas-côtés, le triforium, et les fenêtres hautes, assez austères, car elles ne sont plus ornées des vitraux d’origine.

Heureusement qu’il reste, pour les couleurs, la grande rosace de la façade et les deux du transept : ces trois roses offrent des compartiments délicatement sculptés qui encadrent les sujets traditionnellement peints sur verre.

A la croisée du transept nord, la chaire de l'église, exécutée en 1775, est une sculpture monumentale surmonté d’une gloire dorée du plus bel effet..

 
rose transept cathedrale amiens Vitraux d'Amiens vitraux cathedrale amiens

Dans une vitrine du transept, à l’intérieur d’un reliquaire émaillé orné d’une tête de saint, se trouve un petit « éclat d’os » censé appartenir à Saint Jean-Baptiste, rapporté de Constantinople après la Quatrième Croisade par le chanoine Wallon de Sarton, et offert à l’évêque Richard de Gerberoy le 17 décembre 1206.

 
Le reliquaire de St Jean-Baptiste d'Amiens La gloire qui couronne la chaire Amiens

Le reste du crâne est conservé dans « le trésor » près de la sacristie. Quant au reliquaire, en argent doré et pierres semi-précieuses, il a reproduit à l’identique, en 1876, celui qui avait été offert à la cathédrale en 1385 par le roi Charles VI et qui était en or…

Mais nous allons maintenant faire le tour du chœur.

La cathédrale Notre-Dame d'Amiens : le choeur

Nous avons à Amiens un bel exemple du chœur et du cloître quasiment inchangés depuis leur construction. Contrairement à la coutume, c’est cette partie qui a été terminée la dernière.

Les parties hautes du transept et du choeur ont été élevées de 1258 à 1269, après qu'un incendie eut détruit les premières charpentes du choeur. Le grand vitrail de la fenêtre haute centrale n’a été posé qu’à la toute fin, en 1269.

Le cloître

Il est isolé et séparé de la nef par des grilles en fer forgé au XVIII° s qui ont remplacé le jubé original, et ce sont toujours des clôtures de pierres sculptées qui le séparent du déambulatoire, entouré de sept chapelles rayonnantes, dont la chapelle axiale, au centre, est similaire à celle de la Sainte Chapelle de Paris, bâtie à la même époque.

 
L'élévation du choeur, à la limite de l'impossible maitre autel cathedrale amiens

Le mur du fond, d’une grande finesse, est complètement ajouré et vitré : chaque arcade est divisée en 3 plus petites et son tympan est percé de 3 trèfles aux couleurs chatoyantes.

 
vitraux deambulatoire amiens vitraux chapelle axiale amiens vitraux chapelles rayonnantes amiens

Les mausolées et la vie des saints

C'est Adrien de Henencourt, doyen du chapitre au XVI° s, qui a fait garnir les travées du chœur de cette clôture, du côté Sud, pour y placer le tombeau de son oncle, Ferry de Beauvoir. Peu avant de mourir, il a fait, ensuite, placer ce qui serait son mausolée, à côté de celui de son oncle, dans la deuxième travée.

C’est au-dessus de ces deux monuments funéraires, sur un soubassement plein, sculpté et peint, et deux travées surmontées de quatre niches, qu’il a fait exécuter l’histoire de la vie de Saint Firmin, premier évêque d’Amiens, depuis son entrée dans la ville jusqu'à son martyre.

Vie de Saint Firmin et monument funéraire d'Adrien de Hénancourt Momument funéraire de Ferry de Beauvoir

 Chaque côté comporte 31 stalles hautes, surélevées et surmontés d'un baldaquin réservées aux évêques et aux chanoines, et 24 stalles basses, qui accueillaient les chapelains et les enfants de chœur.

Deux stalles maîtresses, richement ornées, étaient réservées au roi et au doyen du chapitre. Cet ensemble impressionnant a été sculpté par les huchers et ymagiers d'Amiens.

 
Les stalles maîtresses du choeur d'Amiens Détail des grilles du choeur de la Cathedrale d'Amiens

Les «huchers» étaient, chez les artisans bâtisseurs, les menuisiers. Ils exécutaient le gros œuvre, le montage des stalles, en quelque sorte. Les «ymagiers», que l’on nommait aussi «entailleurs», en étaient véritablement les sculpteurs. Ils travaillaient indifféremment le bois, l’ivoire ou la pierre et voyageaient parfois, pour les plus connus, à travers l’Europe des cathédrales en construction… Ils ont, ici, réalisé les décors décidés et commandés par les chanoines.

Ces sculptures marquent l'apogée du gothique flamboyant : miséricordes, fleurs et animaux, scènes de l’Ancien Testament, Vie de Marie, vie quotidienne des Amiénois des XV° et XVI° siècles : ce sont plus de 4000 personnages sculptés dans le bois qui constituent encore un véritable livre d’images et d'histoire pour le pour le fidèle.

Ces images, de même que les scènes sculptées dans la pierre des murs, aidaient à comprendre le mystère de la religion. Saint Bonaventure, dans le 3° livre des Sentences (XIII° s) ne disait-il pas : «Les images n’ont pas été introduites sans raison. Elles ont été inventées à cause du manque d’instruction des gens ordinaires qui ne peuvent pas lire et qui peuvent ainsi, par les sculptures et les peintures, comprendre davantage les mystères de notre foi, comme s’ils avaient des livres»...

Mais la journée s’achève, il est temps de rentrer à la maison. Nous nous promettons de revenir vite dans la région, qui nous promet d’autres bonheurs de visite : les vieilles rues d’Amiens ou les hortillonnages, par exemple…

La cathédrale Notre-Dame d'Amiens : l'extérieur

Nous profitons d’un exceptionnel soleil, en ce mois de janvier, pour visiter la cathédrale Notre-Dame d’Amiens, au cœur de la Picardie, l'une des plus grandes églises gothiques « classiques » du XIIIe siècle.

cathedrale amiens unesco inscription cathedrale amiens unesco

Nous arrivons par la petite rue Henri IV, qui débouche sur la place de la cathédrale et ressentons une légère déception : un bâtiment moderne a été ajouté sur le côté nord de la place et, de la rue où nous venons, en cache une partie. Nous n’avons pas la vue d’ensemble que nous espérions.

Néanmoins, lorsque nous débouchons sur la place, nous sommes éblouis : le soleil déclinant fait chanter la pierre et c’est un joyau doré de lumière blonde qui nous accueille.

Un peu d'histoire

Les dimensions de la cathédrale sont imposantes, puisque son volume intérieur (200 000 m³) contiendrait deux fois Notre-Dame de Paris… mais ses proportions sont telles qu'elle semble légère.

Inscrite depuis 1981 au Patrimoine mondial de l'UNESCO, elle est le plus vaste édifice médiéval de France. L’édifice que nous voyons n'est pas le premier construit ici : En 1152, une cathédrale, de style roman, est consacrée à Saint Firmin, évangélisateur de la ville, d’après la légende. Né à Pampelune il aurait été décapité à Amiens vers 300. Mais cette première cathédrale a été détruite par un incendie vers 1218.

Il faut donc la remplacer et y accueillir, de surcroît, une merveilleuse relique : le chef (la tête) de Saint Jean-Baptiste, donné à l'évêque, Richard de Gerberoy par un chanoine de Picquigny, Walon de Sarton, qui l’a rapporté de la 4e Croisade en 1206.

 
cathedrale amiens vue de loin contructeurs cathedrales

Nous sommes en plein épanouissement de l'art gothique, dont le premier modèle se voit à l'abbaye de Saint-Denis. Amiens surpassera ses consoeurs et rivales en religion. 

Les travaux de construction des nouvelles cathédrales ont commencé à Sens en 1140, à Noyon en 1150, à Laon en 1160, à Paris en 1163, à Chartres en 1195, à Reims en 1211... ici, ils débutent en 1220, sous le règne de Philippe Auguste, mais la présence d'un fort tissu urbain oblige les constructeurs, contrairement à la coutume, à commencer la construction par la façade et à poursuivre les travaux d'ouest en est.

Nous avons sous les yeux un des plus beaux exemples d'architecture du Moyen-Âge, tant par la simplicité et la pureté des lignes que par la richesse de la décoration d'une harmonie parfaite.

La cathédrale nous offre des éléments des phases suivantes du style gothique, du gothique rayonnant (le chevet) au gothique flamboyant (notamment la grande rose, la tour nord à l’extérieur et le jubé ou les stalles à l’intérieur).

La façade de la cathédrale

La façade est magnifique. Il faut dire que, pour établir solidement un tel édifice, on a creusé les fondations sur 8 mètres de profondeur, jusqu'à atteindre la roche mère. Elevée d'un seul jet jusqu'a la corniche surplombant la rosace, la façade, sans les tours, est d'une unité architecturale remarquable. Elle a, en effet, été édifiée en 16 ans, entre 1220 et 1236.

Sa beauté vient en grande partie de l’harmonie et de l’équilibre entre les lignes directrices horizontales et verticales. De l’ordre horizontal sont les cinq étages qui se succèdent nettement : le rez-de-chaussée ou étage des trois portails, la première galerie, à la hauteur du triforium, la seconde galerie, dite des Rois, l'étage de la grande rose, au niveau des fenêtres hautes, l'étage supérieur des tours avec le pignon central, ainsi que la superposition des deux galeries.

 
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Quant à l’ordre vertical, il est créé par la disposition des trois nefs avec les statues colonnes ornant les trumeaux des portails, les quatre contreforts terminés par des pinacles, les statues des rois qui soulignent les galeries.

Trois portiques occupent en effet toute l'étendue de la partie inférieure. Ils encadrent, au centre, la Porte du Sauveur, à droite celle de la Mère de Dieu, et, à gauche, celle de Saint Firmin le Martyr. Ils reposent sur un soubassement continu, orné de caissons en forme de trèfles, les "quatrefeuilles", qui contiennent 118 bas-reliefs sur fond de mosaïque.

 
signe du lion signe du capricorne

Nous admirons, par exemple, les trèfles zodiacaux et reconnaissons le lion de Marie-France ou le capricorne de Michel. Mais d’autres content des scènes de l’Ancien ou du Nouveau Testament, des prédictions bibliques, des histoires pieuses, des scènes de la vie quotidienne : un livre de prières et d’enseignement destiné à l’édification des fidèles qui ne savaient pas lire…

Au-dessus, s'élève un rang de colonnes légèrement engagées, chacune soutenant une grande statue surmontée d'un dais.

 
Bas-relief d'artisanBas-relief de musicien

L’ensemble est surmonté d’ogives dont les arcs multipliés, allant diminuant petit à petit, sont remplis d'une grande quantité d'anges, de séraphins, et d'autres personnages en rapport avec le grand tableau en relief, sculpté sur le fond du tympan. Enfin, ces trois portiques sont terminés par des pignons triangulaires, ornés de chardons.

Au centre de la Porte du Sauveur, sur le trumeau qui sépare les deux battants de la porte, se dresse une statue du Christ Rédempteur. Triomphant de la mort et du péché, le « Beau Dieu d'Amiens » foule aux pieds un lion et un dragon. Il tient le Livre dans sa main gauche tandis qu'il lève sa main droite pour bénir, entouré des apôtres et des prophètes.

Une dentelle de pierre...

Le tympan qui le surmonte est décoré d'une représentation du Jugement dernier qu’annonce l’ange à la trompette, fleuron de ce fronton, qui remplace la statue primitive de Saint-Michel, aujourd'hui disparu.

Quand on fait le tour de la cathédrale vers la droite, on parvient au portail Sud du transept, qui est celui de la porte Saint-Honoré dit « de la Vierge dorée », car c’est de cette couleur qu’elle apparaissait aux fidèles médiévaux. Doucement déhanchée, elle regarde son enfant avec tellement de douceur que Ruskin l'appelait « la soubrette Picarde ».

 
tympan cathedrale amiens ange jugement dernier cathedrale amiens

A propos de couleur, lorsque les portails ont été nettoyés au cours des années 1990 à l'aide du laser, on a découvert des traces d’or et de polychromie, qu’on a pu préserver en partie. Depuis, des illuminations proposées à Noël et en été permettent de voir la cathédrale dans ses teintes d’origine.

Au dessus des portails, une fine galerie à jours, dont les arcades ogives sont subdivisées par d'autres arcs en forme de trèfle, en soutient une autre, ornée de vingt-deux statues colossales représentant les rois de France bienfaiteurs de cette église, de Childeric II à Philippe-Auguste.

 
frise rois cathedrale amiens rosace cathedrale amiens

Encore plus haut, on voit une grande rose, ou rosace, à compartiments, de style gothique flamboyant, surmontée d'une balustrade, à jours aussi, qui court sur toute la largeur de la façade. Quant aux deux tours et à la galerie vitrée qui les unit à la base, elles n’ont été achevées qu’un siècle plus tard : en 1366 pour la tour sud et en 1402 pour la tour nord, sans suivre les plans originaux.

Mais nous allons, maintenant, pénétrer à l'intérieur de la cathédrale.