Autun, la ville médiévale

Dans notre escapade de deux jours en Bourgogne, qu’allions-nous voir ? Trois rendez-vous nous sont fixés par l’Histoire en ces parages : Autun, la seule ville gallo-romaine de la région, avec sa cathédrale saint Lazare du XII°s et le Musée Rollin ; L’abbaye de Fontenay et Châtillon sur Seine, avec les abords du fleuve et son petit musée qui renferme le fameux vase de Vix.

Nous arrivons à Autun du côté du golf, par une colline qui fait face à celle de la ville et nous offre un tableau harmonieux et équilibré, où la flèche de la cathédrale se dresse au milieu d’un enchevêtrement de toits aigus où la tuile brunie se mêle à l’ardoise bleutée, témoignages d’une province centrale, passage privilégié entre le Nord et le Midi.

autun vue de loin autun vue du golf

Devant les vieilles demeures, on aperçoit des traces des villes romaine et médiévale et sur le côté deux éminences, vestiges des terrils d’antan : la ville était le centre d’un bassin minier important.

autun au lointain autun les terrils

Nous posons nos sacs au cœur du vieux quartier de la ville, à l’hôtel des Ursulines : un ancien couvent du XVII° siècle, qui jouit d’une belle vue sur les monts du Morvan. Demain matin, une surprise nous y attendra : le petit déjeuner servi dans l'ancienne chapelle du couvent. Et comme l’hôtel est installé à proximité de la cathédrale, du musée Rolin et de l'Evêché, nous commençons immédiatement nos visites.

Sur la place, devant la cathédrale, nous sommes accueillis par la jolie Fontaine St-Lazare. Elle a été construite, avec ses 2 dômes successifs et ses lanternons, en 1543. Un pélican, symbole de l’abnégation, la surmonte…

Quant à la cathédrale Saint-Lazare, elle a été édifiée au XII°s, sous l'impulsion de l'évêque Étienne de Bagé, pour accueillir les reliques du Saint dans un superbe monument de marbre, malheureusement détruit en 1766. Lors du transfert de ces reliques, la liesse populaire fut telle qu’il fallut faire appel à l’armée !

Extérieurement, la cathédrale a perdu son aspect roman : son clocher, foudroyé en 1469, est reconstruit par le cardinal Rolin et surmonté d’une flèche gothique entièrement creuse, sans charpente, qui s’élève à 80m au dessus du sol. Quant aux deux tours du grand portail, elles ont été édifiées au XIX°s, lors de travaux de restauration sous le contrôle de Viollet-le Duc.

autun fontaine st lazare autun fontaine saint lazare autun cathedrale

L’architecture intérieure est caractéristique du style dit «roman bourguignon ». C’est un grand vaisseau, haut de 23 m, avec une grande nef à trois étages sous une voûte en berceau brisé et un grand transept avec une coupole, d’inspiration clunisienne un peu austère malgré un décor sculpté riche et varié. Il n’y a pas de choeur à déambulatoire et chapelles rayonnantes à Autun, mais un simple chevet à trois absides..

autun cathedrale inscription autun cathedrale horloge

Mais la cathédrale est surtout connue par les dizaines de chapiteaux de la nef et du choeur. Ils s’ornent de palmettes et de feuillages ou racontent avec beaucoup de fantaisie des scènes de l’Ancien et du Nouveau Testaments, comme l’Ascension et la Chute de Simon le Magicien, Moise et le Veau d’Or, Samson terrassant le Dragon ou renversant le Temple, l’Arche de Noé, la lutte d’un Guerrier et d’un Hippogriffe, l’Annonciation à Sainte-Anne, la fuite en Egypte, l’Apparition du Christ à Madeleine…

Ils datent de 1130-1135 et sont pour la plupart de la main de Gislebertus... Si 50 chapiteaux originels ont été conservés dans la nef, une vingtaine a été remplacée par des copies et déposée dans la Salle capitulaire, bâtie au XVI° s du coté sud de la cathédrale, en l’étage. On y monte donc pour les admirer de près, sous un meilleur éclairage.

Le chapiteau le plus célèbre de la salle est certainement celui de la Fuite en Egypte, qui provient du chœur, avec Marie et Jésus sur l’âne et Joseph qui les escortent, tout comme l'Arrivée des Mages chez Hérode (mutilé), l’Adoration des Mages,le Sommeil des Mages, un Nain combattant, deux Vices et deux Vertus aux visages étonnants, le combat d’un Basilic et d’un Sagittaire, un Oiseau tricéphale.D’autres merveilles proviennent de la nef.

autun cathedrale fuite Egypte autun cathedrale Dieu Adam 

Ce sont la Mort de Cain, la Pendaison de Judas, Dieu et Adam. Balaam sur l'anesse (mutilé), vient portail du narthex, comme un Ethiopien et un corbeau…

un nain combattant un oiseau les Vices et les Vertus

En sortant de la Cathédrale, nous nous arrêtons longuement devant le tympan du portail du narthex et son Jugement Dernier, sculpté aux environs de 1130 par le même Gislebertus.On le sait parce que sous le Christ ressuscité, sculpté dans une mandorle ovale, on lit l'inscription : « GISLEBERTUS HOC FECIT » (C’est Gislebertus qui a fait ça). Comme dans tout Jugement Dernier, Marie et un ange annonciateur sont à la droite du Christ ; deux prophètes, Enoch et Elie, sont à sa gauche.

Juste dessous,nous avons le Paradis. Un groupe d'Apôtres et Saint-Pierre conduisent un élu au ciel pendant qu’à gauche, Saint-Michel pèse les âmes qu’attendent d'horribles démons pour les amener en l'enfer. Encore dessous, sur le linteau, les élus s'avancent en levant les yeux vers le Christ. Les damnés crient leur désespoir et portent l’emblème de leur faute : l'ivrogne son tonneau ou l’avare sa bourse…

Une anecdote, heureuse, pour finir : au XVIII° s, temps de pruderie, on a jugé le tympan trop « vulgaire » et il a été recouvert de plâtre en 1766. La tête du Christ dépassait, on l’a décapité (premier d’une longue série, et pas en pierre, hélas) ! En contre-partie, ça a protégé les sculptures de la furie des révolutionnaires… Le tympan a été redécouvert et dégagé en 1837. Quant à la tête du Christ, elle a été retrouvée par l’historien Denis Grivot parmi les sculptures du dépôt du Musée Rolin et finalement remise en place en 1948.

la tour des Ursulines la tour-st-leger.

Nous nous dirigeons ensuite vers le Musée Rolin, aménagé de façon remarquable dans un hôtel du XIX°s et les dépendances de l’ancienne demeure construite au XV°s pour le chancelier Rolin.

On y admire de nombreuses œuvres bourguignonnes depuis les époques celte et romaine, avec de jolies statues et mosaïques mais nous en viendrons vite aux sculptures médiévales qui viennent de la Cathédrale.

musee Rolin rolin Saint Andre rolin Marthe

Nous tombons en arrêt devant Eve couchée, nue, longue et alanguie, allongée parmi les feuillages. C’est la « Tentation d’Eve » qui, fausse innocente,semble ne pas se rendre compte qu’elle tient déjà dans sa main la pomme fatale… L’œuvre est encore du génial Gislebertus.

rolin Eve coucheeUn autre motif d’admiration : le groupe de statues qui reste du tombeau de Saint Lazare. Saint André, Marthe, qui se cache le nez de son voile, Marie-Madeleine, tous entouraient le tombeau dont nous pouvons nous faire une idée grâce à une maquette.

En quittant, éblouis, le Musée Rolin, nous faisons un dernier tour dans la ville haute, ses vieilles demeures et ses places, avant d’aller rendre hommage à la ville gallo-romaine, la première époque glorieuse de cette cité.

Autun, la ville gallo-romaine

Autun, Augustodunum,(la ville d’Auguste) était construite sur l’axe commercial et militaire qui reliait Lyon à Boulogne. C’était la « Sœur et émule de Rome », comme on a pu le lire gravé sur la façade de l’hôtel de ville : nous l’allons vérifier tout à l’heure !

Il reste de cette glorieuse époque un certain nombre de vestiges :l’immense enceinte augustéenne mesurait à l’origine 6 kilomètres et était percée de quatre portes monumentales. On a conservé quatre kilomètres et demi de remparts gallo-romains,  avec plusieurs des tours qui le protégeaient, deux portes romaines, le théâtre antique, la pierre de Couhard (un monument funéraire) et le temple dit de Janus.

Autun, le théâtre romain autun etages de la cavea

Incrusté naturellement dans une pente, le théâtre était destiné aux représentations dramatiques. Avec ses 148 m de diamètre, il était le plus vaste théâtre de la Gaule et pouvait accueillir 20 000 spectateurs. Partiellement conservée, sa cavea à 3 étages de gradins laisse imaginer ses imposantes dimensions. Il est encore aujourd’hui le lieu de manifestations culturelles : représentations historiques, son et lumière, concerts… Nous montons sur la scène « pour voir » : la vue est superbe, de tous côtés : en haut du théâtre, c’est un beau jardin planté d’arbres, et des gradins la vue s’étend sur un large panorama boisé..

autun porte st Andre autun porte st Andre  vue generale

Nous longeons ensuite les remparts, pour nous rendre à la Porte Saint-André,une des portes antiques. Dès l’époque romaine, elle ouvrait la ville à l’est, à l’extrémité du Decumanus maximus, qui traversait la cité d’est en ouest. Elle la reliait au pays des Lingons, allant à Langres ou à Besançon. De belles proportions, elle présente deux grandes arcades pour le passage des véhicules et deux petites pour le passage des piétons. Elle est très bien conservée, ayant été restaurée par Viollet-le-Duc : elle est surmontée d’une galerie de dix arcades. Un des deux corps de garde qui la flanquaient est toujours là, il a été transformé en église au Moyen-Age, car la tradition y place le martyre de saint Symphorien….

autun Porte Arroux autun porte Arroux vue du pont

En suivant notre route, nous arrivons à la deuxième porte romaine qui reste à Autun : la Porte d’Arroux. Sous son nom latin Porta Senonica (porte de Sens), elle donnait accès à la voie Agrippa en ouvrant la ville au nord, à l’extrémité du Cardo maximus (qui traversait la ville du nord au sud). Son agencement est identique à celui de la porte Saint-André, en moins bon état. La galerie supérieure, décorée de pilastres cannelés à chapiteaux corinthiens, permet de la dater du Ier siècle avant JC. Elle est conservée avec toutes ses caractéristiques romaines : il est amusant d’en voir le contraste avec la circulation automobile !

autun petit pont de bois autun riviere ombragee

Après la porte, en tournant le dos à la ville, nous suivons un petit sentier verdoyant qui passe à côté d’un moulin. Nous traversons, sur un petit pont de bois, un petit bras de l’Arroux, une rivière ombreuse et frémissante qui donne l’envie d’habiter là, tout de suite ! On longe quelques maisons heureuse, on flatte l’encolure d’un âne venu aux nouvelles,et, en pleine campagne, on se trouve face au Temple dit « de Janus.

D’après les explications aimablement inscrites sur place, dans une cour qui correspondait à la clôture actuelle du champ,l’édifice, de forme carrée, se composait d’une cella (pièce qui contenait la statue du culte) entourée d’une galerie. C’est un édifice haut de 24 m, dont il ne reste que deux pans perpendiculaires, hantés par les corbeaux qui s’y posent et s’en envolent à grands cris… On n'y a jamais célébré Janus, le dieu romain bicéphale. C’est en fait un« fanum », un temple de tradition gauloise dédié à un dieu inconnu, l’un des mieux conservé de France. Sa technique de construction est néanmoins romaine et permet de le dater du I° siècle après JC. Au niveau inférieure, il est percé de niches béantes. Au-dessus, trois fenêtres de chaque côté surmontent des rangées d’orifices où venaient s’encastrer la charpente du toit de la galerie : un régal de nichoir pour les freux !

autun temple de Janus autun temple de Janus autre vue

Il n’était pas isolé en ces lieux, mais faisait partie d’un sanctuaire suburbain, comprenant au moins 7 temples ou chapelles, ainsi que des thermes et un théâtre gallo-romain découvert en 1976 par prospection aérienne, pas encore dégagés. Au soleil déclinant, il joue de tons qui vont de l’ocre rosé au soleil aux sombres bruns bleutés à l’ombre.

autun et sa cathedrale autun de loin  vue champetre

A l’horizon se détache la ville et ses clochers, par delà la campagne : une vision bucolique et apaisante qui nous fait prendre le chemin du retour avec une petite touche de nostalgie.

Il nous reste à regagner notre hôtel, où nous nous régalerons de spécialités locales, arrosées, bien entendu, de délicieux vins bourguignons : nous sommes arrivés à domicile et ne craignons pas d’y faire honneur !

L'Abbaye de Fontenay

L’abbaye de Fontenay, construite entre 1139 et 1147, a été fondée par Saint Bernard au cœur d’une nature farouche, inondée par les eaux. Fontenatum veut bien dire « qui flotte sur les sources ». Les Cisterciens veulent appliquer strictement la règle de saint Benoît : prière, silence solitude, pauvreté et travail. Pour vivre loin du monde, il faut assurer sa subsistance. Un moulin et une forge y pourvoiront, puisque le ruisseau, domestiqué, permettra ce travail.

logo unesco petitSi nous pouvons aujourd’hui la visiter, c’est que l'abbaye de Fontenay a retrouvé son aspect originel. Protégée par la royauté, sa prospérité grandit jusqu'au XVI°s, puis sombre dans un long déclin qui aboutit à sa vente à la Révolution pour être reconvertie en papeterie.

Déclarée monument national en 1852, elle est achetée en 1906 par Edouard Aynard, banquier lyonnais et gendre des Mongolfier qui la possédaient depuis 1820. Il décide de démanteler tous les bâtiments industriels de la papeterie pour faire renaître Fontenay dans toute sa pureté médiévale et entame de grands travaux de restauration jusqu'en 1911. Classée au patrimoine mondial de l'Unesco en  1981, elle est un des plus anciens monuments d'influence cistercienne de France.

fontenay abbaye la croix d'accueil

fontenay l'orifice pour la tête du Chien : Cave canem !

 
fontenay la croix exterieur fontenay detail de la croix fontenay armes de Abbaye

 Lorsque nous arrivons dans ce vallon solitaire, de bon matin, nous sommes saisis par la tranquillité et l’harmonie des lieux. Devant nous, la porterie, surmontée d’un étage reconstruit au XV°s. C’est là que vivait le frère portier, assisté de son chien : dans le mur on voit un trou par lequel il pouvait passer la tête !

Nous entrons dans le parc qui entoure les bâtiments en longeant le chenil, orné de deux sculptures de chien. Il hébergeait les meutes des ducs de Bourgogne, qui chassaient dans les forêts alentour. Nous passons devant le colombier, une tour massive dont les murs font plus d’un mètre d’épaisseur. On y gardait les pigeons « de communication », car les moines avaient, avec le «droit de pigeon», la possibilité de correspondre, ce qui à l’époque était aussi important que le droit de haute et basse justice sur leurs terres, qu’ils possédaient aussi, comme les seigneurs.

fontenay l'entrée du chenil des ducs de Bourgogne fontenay tour du pigeonnier

Nous allons visiter l’édifice principal de l’Abbaye, l’église abbatiale, consacrée en 1147 par le pape Eugène III : l’activité primordiale des moines était en effet la prière. Sa façade est austère et dépouillée. Orientée à l’est, de style roman, elle est voûtée en berceau brisé et a la forme d’une croix latine de 66 m de long sur 30 de large au transept. Peu décorée, elle est imposante de force et de majesté avec ses 16,70 de hauteur. Quand on y entre, rien ne vient distraire le regard qui embrasse la nef et ses deux collatéraux, le transept et le chevet plat, où n’entre qu’une lumière tamisée.

Nous montons vers le chœur, pavé de carreaux émaillés du XII° siècle, sobres et doux, décorés d’étoiles, de rosaces et d’entrelacs. Diverses pierres tombales y sont regroupées, sous le retable de scènes de l’Evangile. Solitaire, dans le croisillon nord, la statue souriante de Notre Dame de Fontenay, de la fin du XIII° s, est magnifique, tendrement penchée vers son enfantelet. En face, vers le sud, les gisants du chevalier Mello d’Epoisse et de son épouse dorment à jamais.

fontenay portail eglise fontenay eglise vers le choeur fontenay Notre Dame de Fontenay
 
fontenay detail de Notre Dame  fontenay eglise les vitraux du chevet

Derrière eux, un escalier monte à l’étage supérieur dans le dortoir, où les moines dorment à même le sol, côte à côte, juste séparés par des cloisons basses, sur de dures paillasses, sans se dévêtir, de manière à être toujours prêts pour la prière. C’est une vaste salle de 56m, blonde et lumineuse, avec une superbe charpente en chêne du XV° siècle en forme de carène renversée, qui souligne la grandeur de l’abbaye : à son apogée, elle hébergeait jusqu'à 300 moines.

Un détail amusant : la charpente porte une étonnante signature des charpentiers de marine qui l’ont bâtie, un trou rond, au centre, à l’endroit qui correspondrait à l’emplacement du mât ! Un autre, plus pragmatique : une ouverture, pratiquée dans le mur qui donne sur l’église, permettait aux moines alités d’assister aux offices… Des fenêtres donnent, de chaque côté, sur le grand jardin et sur le cloître, auquel on accède par une porte en bas de l’escalier.

fontenay dortoir des moines fontenay partie du jardin

Nous sommes, dans le cloître, au chœur du monastère. Fermé, ouvert seulement sur le ciel, c'est un jardin qui évoque le paradis, avec la fontaine des ablutions où on se purifie en même temps qu’on se lave. Le cloître est un lieu de méditation, de rencontre, de lecture. Les quatre galeries qui entourent le préau forment un harmonieux rectangle de 38m sur 36. Si l’architecture est aussi sobre que celle de l’église, les piliers et colonnettes sont très variées, et les chapiteaux sont ornés de motifs végétaux. Du centre du cloître, on aperçoit le clocher de l’abbaye, décalé par rapport à l’église, qui doit rythmer de son appel la vie conventuelle : vigiles, laudes, tierce, sexte, none, vêpres, salut, complies…

Nous sommes dans un havre de sérénité et de beauté qui ne donne qu’une envie : s’asseoir et méditer...

fontenay le cloitre fontenay cloitre batiment
On passe dans la salle capitulaire, ou « salle du chapitre » par une belle arcade cintrée. C’est une vaste salle voûtée sous croisées d’ogives aux chapiteaux ornés de feuilles d’eau, très harmonieuse. C’est une pièce essentielle de la vie monacale.
Chaque jour, on y lit un chapitre de la règle, on y apprend les informations venues de l’extérieur, on y débat des affaires de la communautés ou des manquements à la règle.
fontenay salle capitulaire fontenay salle des moines scriptorium
Elle donne sur le scriptorium, une autre salle magnifique sous douze voûtes d’ogives, dont plusieurs parties était vraisemblablement dévouée à l’écriture et l’enluminure des manuscrits grâce à sa luminosité, et sur le chauffoir, dans l’angle sud-est, qui a gardé ses deux belles cheminées.
C’est le seul endroit où la règle autorise qu’on allume du feu en hiver, il abrite la bibliothèque. Le chauffoir communique par un escalier avec le dortoir, qui était donc adouci, en hiver, grâce à la montée naturelle de l’air chaud.
fontenay salle des moines  fontenay la porte du scriptorium vers les jardins
 

Châtillon sur Seine

Après la visite de l'abbaye de Fontenay et le déjeuner, nous rejoignons Châtillon sur Seine, cité bourguignonne aux marches de la Champagne. Nous passons près de belles maisons à colombages du XVI° au XVIII° siècles pour visiter le Musée du Châtillonnais qui est installé depuis 1986 dans un superbe édifice Renaissance, rue du Bourg, en face de l'église Saint-Nicolas. C’est la "maison Philandrier", épargnée de justesse par les bombardements et le grand incendie de juin 1940 qui ont détruit le centre de la cité.

chatillon : vers les sources de la Douix chatillon balcons anciens
 Le mur du fond, d’une grande finesse, est complètement ajouré et vitré : chaque arcade est divisée en 3 plus petites et son tympan est percé de 3 trèfles aux couleurs chatoyantes.
 
chatillon maison à colombages chatillon maison ancienne

Il s’agit d’un bel hôtel Renaissance, attribué à tort à l'architecte Philandrier, châtillonnais d’origine, traducteur du "De Architectura" de Vitruve. En fait Philandier était déjà mort à la fin du XV° siècle, date à laquelle l’hôtel a été bâti pour Antoine Thomelin, un bourgeois que cette entreprise a ruiné. L’hôtel a été repris par divers marchands qui l’ont défiguré au fil du temps. Heureusement, en 1928, il a été acheté et restauré par la « Sauvegarde de l'Art français », puis transformé en musée.

La façade montre la superposition des trois ordres que Vitruve a codifiés : le dorique au rez-de-chaussée, le ionique au premier (l’étage noble), au dernier le corinthien. Côté cour une jolie tourelle d’escalier dessert les étages. La corniche est ornée de gargouilles impressionnantes et, sur chaque façade, deux lucarnes géminées permettent d’éclairer les soupentes. Devant l'entrée, d'augustes statues nous accueillent.

la tourelle d'escalier du musée de vix musee vix maison Philandrier musee vix la maison Philandrier, le jardin

Le présente de nombreux vestiges laissés, au fil des siècles, par les Celtes, les Gallo-Romains et les hommes du Moyen-Age qui ont vécu aux alentours. Nous y sommes accueillis par de charmantes conservatrices, qui vont nous escorter tout au long de notre visite, ravies de l’enthousiasme que nous manifestons devant les richesses du musée. Il est divisé par époques, suivant les étages.

Au rez-de-chaussée, les collections gallo-romaines des sites du Trembloi et d’Essaroi montrent d’émouvants témoignages de rites religieux de guérison ou de fécondité, par des sculptures qui ressemblent à nos ex-voto ou des monuments funéraires.

Mais l’objet-phare de notre visite se trouve au 1° étage : c’est la reconstitution de la tombe trouvée au pied du mont Lassois, à 6 kilomètres de Châtillon-sur-Seine, celle de la célèbre Dame de Vix, inhumée il y a près de vingt-six siècles.

L’histoire commence comme un conte de fées, dans l’hiver 1952-53, grâce à la découverte  d’une chambre funéraire intacte, bien qu’effondrée sur elle-même, par un agriculteur, Maurice Moisson, lors du labour d’une légère éminence. Une campagne de fouilles cherchait, à cet endroit, des vestiges de la fin du premier Âge du Fer à l’Ouest du Rhin.

René Joffroy, « l’inventeur » de la tombe,  y a trouvé un trésor : une femme d'une trentaine d'années y reposait, allongée sur un char dont les éléments métalliques étaient intacts. Elle était parée de tous ses bijoux : des anneaux de jambes et bracelets en lignite et en bronze, deux colliers, l’un à perles de pierre, l’autre à perles d’ambre, des fibules servant à attacher ses vêtements, et un splendide torque (collier ouvert) en or de 24 carats, pesant 480 grammes et orné d'un Pégase ailé remarquablement ciselé, qu’on avait d’abord pris pour un diadème. Un autre torque, de bronze, était posé sur son ventre. Elle était entourée d'une riche vaisselle venue de la lointaine Méditerranée, dont un immense et magnifique cratère en bronze, le plus imposant connu de l'antiquité.

Ce qui est émouvant, c’est qu’on a reconstitué, dans cette salle, dans une vitrine, la tombe telle qu’elle était. Des artisans du Musée Romain germanique de Mayence ont refait, à l’identique, le char de bois à quatre roues qui, dans toutes les tombes très riches depuis la fin de l’Âge du Bronze, était le signe du statut social du mort. Les objets personnels de la princesse sont disposés autour.

musee la frise du cratère musee le torque en or musee une gorgone de l'anse

Quant au fameux cratère, il est dans une  centrale. Il est gigantesque : 1,64m de hauteur, 208 kg... Deux anecdotes : la salle a été construite autour de lui, donc il n’en peut sortir (seule une reproduction voyage…) et si on peut tourner autour pour bien le voir, on ne peut plus le toucher depuis qu’un conservateur a surpris un papy en train de taper dessus avec sa canne pour voir comment il sonnait… Or, le récipient, sur pied, est fait d'une seule pièce de métal martelé, très fin - 1 à 1,5 mm - et donc très fragile !

Des bustes de Gorgone forment les demusee cratere en bronzeux anses, fixées au ventre du vase par des serpents.
Le col s'orne de 74 languettes et d'une frise en relief représentant un défilé de soldats grecs et de chars à quatre chevaux. Les spécialistes du premier âge de fer (750-475 avant JC), également appelé "période de Hallstatt", le qualifient de « grand chef-d'oeuvre de chaudronnerie ».
Des analyses ont montré des traces de vin : c’était  donc la pièce maîtresse d'un service à boire, fabriqué dans des ateliers grecs d'Italie du Sud, en Grande Grèce. Sa présence en Bourgogne atteste du passage de la route de l'étain et de la vitalité des échanges Nord-Sud.

Enfin, au deuxième étage, on admire les objets de l’artisanat et de la vie quotidienne du Moyen-Age trouvés sur le site de Vertillium. Une « cuisine » reconstituée nous apprend que nos aïeux aimaient les huîtres, les coquilles Saint-Jacques et la bécasse !

Avant de rentrer à Paris, nous faisons un tour à pieds dans la vieille ville, en nous dirigeant vers les sources de la Douix.

sources douix la falaise de la résurgence sources douix la Douix sourd sous sa falaise sources douix les eaux claires de la Douix

 Dans un site verdoyant et délicieux, cette source vauclusienne jaillit d’une grotte blottie sous la falaise de Saint-Vorles, résurgence d'une rivière souterraine que les Celtes, contemporains de la Dame de Vix, avaient transformée en sanctuaire.

Des fouilles, pratiquées dans le bassin, ont permis d'y découvrir un ensemble de fibules datant de la période Hallstatt, comme la Princesse. C'étaient vraisemblablement des ex-voto... Une tradition qui s'est perpétuée jusqu'aux débuts du XX°s, où l'on jetait, dans la Douix, non plus des fibules, mais des épingles en faisant un vœu... Un peu plus loin, la rivière rejoint la Seine, qui est encore un modeste cours d'eau, caché sous les marronniers et fréquenté surtout par les canards !

Il ne nous reste plus qu'à rentrer chez nous, les yeux pleins des merveilles de la Bourgogne.

 

L'Abbaye de Fontenay

Nous quittons l’ensemble des bâtiments fondamentaux de la vie conventuelle pour accéder à un autre ensemble, des constructions plus « utilitaires », dévolues au travail, parfois ouvertes aux laïcs.

Nous traversons de beaux jardins à la française, aux lignes et aux couleurs sobres, dessinés (paradoxalement) à notre époque par un paysagiste anglais en lieu et place de ceux où les moines cultivaient simples et herbes aromatiques.

Bien qu’il ait remplacé les viviers d’antan par une pelouse, il a créé un grand bassin alimenté par une cascade en étages où l'eau ruisselle doucement. Là s’ébattent des truites qui rappellent qu'outre l'élevage et la culture, les moines pratiquaient une pisciculture, fort appréciée des ducs de Bourgogne, dans les étangs du vallon.

fontenay abbaye scriptorium fontenay abbaye la galerie Seguin fontenay abbaye détail du jardin à la Française fontenay abbaye le bassin et sa cascade
 
Nous pénétrons dans la forge. Ce grand bâtiment, de 53 m sur 13,50 a été bâti par les moines à la fin du XII° siècle pour travailler le minerai de fer qu’ils extrayaient de galeries souterraines situées sur une colline qui domine le monastère, à l’ouest. C’est la dérivation de la rivière de Fontenay, le long du mur de la forge, qui faisait tourner des roues actionnant les martinets, de grands marteaux hydrauliques, qui battaient le fer. Une deuxième salle, très haute, possède un étage : c’est la forge proprement dite.

Les moines y forgeaient, en quantité industrielle, les outils nécessaires au monastère et commercialisaient le reste de leur production, ce qui leur assurait une autonomie économique et financière. Un feu brûle dans un des fours, des outils sont posés à côté... On attend les ouvriers ! Nous sommes sidérés devant la taille des soufflets qui accéléraient le feu…

Sur un pilier, des plans reconstituent les foyers, montrant à quel point les moines ont eu un rôle novateur à cette époque dans le domaine technique.

fontenay abbaye le feu de la forge brûle encore ! fontenay abbaye âtre et enclume de la forge

En sortant de la forge, on flâne encore dans les jardins, calmes jeux d’eau, de verdure et de pierre : des pelouses tracées au cordeau, rythmées par l’élévation d’arbres et les rondeurs de bosquets de buis taillé, un mur mangé par le lierre, peu de fleurs pour créer des taches de couleur, un bassin rond où l’eau chante à la croisée des allées…

Jardins aux lignes douces, apaisantes, qui tempèrent harmonieusement l’austérité des bâtiments sans rompre l’atmosphère de recueillement et de sérénité qui entoure toujours ces lieux.

Avant de repartir, nous passons par la librairie et le musée lapidaire, juste contre le mur d’enceinte. Une jolie surprise nous attend : nous sommes dans une chapelle du XIII° siècle réservée aux étrangers qui n’avaient pas le droit de pénétrer dans l’enceinte monastique.

Elle accueille, à l’étage, une exposition intéressante, très bien présentée. L’historique de l’abbaye, des explications architecturales et techniques sur sa construction sous forme de plans ou de maquettes, des parchemins comme la Bulle du pape Alexandre III de 1168, qui installe l’Abbaye de Fontenay «dans toutes ses possessions et privilèges», une citation de Saint-Bernard : «On apprend plus de choses dans les bois que dans les livres. Les arbres et les rochers vous enseigneront des choses que vous ne sauriez entendre ailleurs», ainsi que de nombreux vestiges  de sculptures des parties disparues de l’abbaye : statues, chapiteaux, clés de voûte, armes et blasons, bas-reliefs…

En quittant la librairie, on passe par la boulangerie des moines. Elle a conservé son ancienne cheminée cylindrique où cuisait le pain de tous, moines et voyageurs de l’hostellerie. Ces derniers logeaient dans un bâtiment voisin, lui aussi dévolu aux laïcs, juste au-dessus de la porterie.

fontenay Ste Catherine Alexandrie fontenay St Christophe fontenay écusson espagnol de Castille et Léon (XIV°s)
 
fontenay clé de voûte de la chapelle St-Laurent (XIII°s) fontenay bas-relief d'ange (XII°s)
C’est à regret que nous quittons ces lieux enchanteurs où soufflent l’harmonie et la sérénité, mais l’heure du déjeuner arrive, et les plaisirs de la table vont remplacer ceux de l’esprit !