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Au XIX° siècle, Pingyao, 平遥, dont l'existence est attestée depuis le VIII° s avant JC, devient un des pôles chinois du commerce et de la banque pendant presque 100 ans...
Mais son éloignement de la capitale et son mode de fonctionnement, devenu suranné avec le temps, la fait peu à peu tomber dans l'oubli. C'est ce qui sauve la ville des bouleversements architecturaux modernes et nous donne l'occasion de visiter une ensemble intact de propriétés particulières, de maisons de commerce et de prêt, de temples et de boutiques, ainsi que le tribunal...
C'est pourquoi la ville a été classée au Patrimoine mondial de l'Unesco en 1997.
La cour principale | Les bâtiments annexes |
Les marchands-banquiers, sous le nom de Shanxi piaohao (banquiers du Shanxi) s'enrichissaient en approvisionnant les troupes militaires des frontières septentrionales...
Par commodité, dès le début du XV° s, l'usage des lingots d'argent se développe comme moyen de paiement, en lieu et place du "troc" traditionnel "grain contre sel" qui prévalait jusque là : les boutiques de change et de crédit peuvent alors se mettre en place puis prospérer !
Des fenêtres richement ouvragées | L'entrée du bureau du directeur |
Au XIX° s, 43 des 51 piaohao (magasins de paiement, donc banques) de tout le pays sont dans le Shanxi et 23 d'entre elles ont leur maison mère à Pingyao...
La plus ancienne, peut-être même la créatrice du système, est la Rishengchang ("Prospérité et soleil levant"), ouverte entre 1821 et 1838.
Son directeur, Lei Lütai, met en place un système de billets de crédit utilisables dans tous ses succursales (Pékin, puis l'ensemble du territoire) repris par ses confrères. Ils travaillent peu à peu avec l'Etat chinois, acheminant la majorité des impôts au trésor central. Ils émettent des billets, financent les gouvernements, font du prêt ou de l'usure...
Le bureau du directeur | Une belle collection de pots et vases |
L'ouverture vers l'Occident amorce le déclin de ces banques, à la taille limitée et au manque d'ambition industrielle : La banque Rishengchang fait faillite en 1914 après 90 ans d'existence...
Mais elle est restée intacte et sa visite nous permet d'admirer un joyau architectural : les maisons à cour carrée.
Une longue cour bordée par des constructions de plain-pied mène, en face, au bâtiment principal à un ou deux niveaux, dont chacune des 3 à 5 pièces donne directement sur la cour.
C'est dans ces lieux que vit et reçoit le propriétaire, ou qu'il traite ses affaires lorsqu'il s'agit d'une banque ou d'un commerce.
Les bureaux secondaires ou les habitations des autres membres de la famille sont placés dans les bâtiments latéraux. A l'arrière, de chaque côté, on débouche sur d'autres cours ordonnées sur le même modèle : la banque Rishengchang couvre ainsi 15 000 m2 avec 21 bâtiments, disposés sur 3 cours carrées !
Vases précieux et calligraphies | Des changeurs au travail |
Le plan des pièces est original : un rectangle de 7 à 8 m de long sur 3,5 m de large. En guise de plafond, une voûte en plein cintre de 4 m de haut au milieu de la voûte. Cela suit le modèle des anciens yaodong (maisons troglodytiques en forme de four à pain, creusées dans les falaises de la région).
La maison a gardé ses meubles et ses couleurs : cabinets, tables de laque, lanternes, porcelaines, objets précieux, calligraphies, dans des salles séparées : la chambre, le bureau, le salon à thé, la salle des coffres (on conservait l'argent dans une sorte de puits creusé dans le sol), la salle de change où officient encore des banquiers-mannequins plus vrais que nature, etc... ce qui nous permet de nous replonger dans cette atmosphère bien particulière !
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