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A 25 km au sud ouest de Taiyuan 太原, au pied du mont Xuanweng nous visitons le temple bouddhiste de Jin, le Jinci.
Construit dans un superbe cadre de sources vives et de cyprès au 11° siècle avant J-C, antérieurement à la dynastie des Wei du Nord (386-584), il n'a cessé d'être agrandi au cours des siècles, notamment sous les Tang et les Song.
Il présente aujourd'hui un superbe ensemble d'édifices, disséminés dans un parc superbe : temples des ancêtres, ponts rituels, théâtres, pavillons, kiosques, palais, sans compter la source Éternelle, la fontaine de Lanlao et le temple de la Sainte Mère de l’eau…
L'entrée pourpre du Temple |
Jardins calmes et kiosques tranquilles... |
Les Chinois le divisent en huit sites, chacun ayant son histoire et ses légendes que nous conte notre guide (rendez-vous en bas de page).
Nous arrivons dans une ambiance très festive : nous sommes toujours le 1° mai, le temps est splendide, et les visiteurs affluent : Chinois, d'abord, mais aussi étrangers. Nous bavardons, par exemple, avec une famille qui vient du Japon honorer ses ancêtres originaires de la région !
Après la porte, la "terrasse du Miroir d'eau", nous accueille. Et nous allons de merveille en merveille, en suivant les noms poétiques que les Chinois savent donner à leurs bâtiments…
Autour de nous, les enfants courent, jouent et rient, pendant que les parents visitent les différents temples.
On traverse le "pont de la Rencontre des immortels", la "terrasse des Hommes d'or", on arrive au "temple des Offrandes" et on voit alors le "Pont volant" (Yuzhaofeiliang). C’est un pont en X, le dernier de ce type en Chine, qui repose sur 34 colonnes de pierre et enjambe un vivier à poissons. Son nom vient de ses deux ailes latérales inclinées "comme un oiseau planant dans les airs".
Le Temple de la Sainte Mère de l'eau |
Le cyprès Zhou, devant le temple |
Nous arrivons enfin face au Shengmu dian (le "temple de la Sainte Mère"), appelé aussi sanctuaire de Yijiang, reconstruit en 1102. C'est l'édifice le plus imposant et le plus ancien du ce lieu. Sa charpente, superbe, est soutenue par huit colonnes enlacées par des dragons farouches. Des soldats de bronze l'entourent, ainsi que les traditionnels lions : la Reine est bien gardée !
A l’intérieur nous admirons de très remarquables statues en terre cuite de l’époque Song (960-1279).
Une quarantaine de suivantes et dames de compagnie, grandeur nature, très réalistes, chacune avec un visage différent exprimant qui la joie, qui la tristesse, qui la résignation (de leur condition ?), entourent la grande statue assise de la Reine-Mère en grand apparat, l’impératrice douairière Tch’éou, mère du prince Shuyu, de la dynastie des Zhou.
Ces dames sont gracieuses, un peu déhanchées. L’une est musicienne, danseuse, l'autre porte un linge, une autre un sceau royal…
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Pont volant |
Le Pont volant, en croix |
Un pavillon abrite la fontaine de Nanlao quan (littéralement la Source au glouglou immortel) que nous devons à la Sainte Mère de l'eau, dont la légende est narrée plus bas.
Mais l'histoire ne s'arrête pas à l'extraordinaire création de cette source. Un deuxième conte explique le curieux barrage qui canalise la fontaine...
Merveilleuse et intarissable, elle est, en son temps, disputée par les deux villages qu’elle dessert, celui du Nord et celui du Sud.
Chacun désigne alors un champion qui représentera ses intérêts.
Il devra tremper son bras dans une jarre remplie d’huile bouillante où l’on a jeté dix pièces d’argent et en récupérer un maximum…
Le champion du Sud abandonne très vite, celui du Nord, le village où est situé le Temple Jinci, réussit à en sortir 7 avant de mourir de ses brûlures. On érige donc un petit barrage avec 10 vannes : 7 vannes arrosent le village du Nord, les 3 restantes celui du Sud, et voici la légendaire création du pont aux 10 trous…
Le pont en zig-zag |
La source éternelle |
Plus loin, des promeneurs se reposent sur un autre pont de la rivière Jin, en zigzag. Il nous protège des mauvais esprits qui ne peuvent aller qu'en ligne droite. Mais il nous rappelle aussi que nous ne devons pas céder aux tentations que figurent les certitudes - la ligne droite. Les brisures du pont sont les noeuds et les articulations de notre progression morale, symboles de la voie de la vie et de ses épreuves...
Nous nous promenons et nous asseyons dans les merveilleux jardins aux massifs odorants et aux arbres somptueux : on dit même, dans la cour du Miaoyi tang (le temple des Descendants), que deux cyprès, l'un étant le Cyprès Zhou, sont vieux de trois mille ans !
Le temple du miroir d'eau |
Un kiosque abrite le puits |
Bien qu'il y ait beaucoup de monde, nous n'avons pas l'impression d'être bousculés. Les gens sont gais et calmes, les photos et les rires fusent de tous côtés, mais l'ambiance est bon enfant et l'espace suffisant pour tout ce monde.
Une vilaine belle-mère, d'aucuns disent une méchante reine, envoyait tous les jours sa jeune bru chercher de l’eau à la source, fort loin.
Plusieurs jours de suite, la jeune femme est arrêtée, au retour, par un cavalier âgé qui lui demande de l’eau pour abreuver son cheval. Comme celui-ci boit toute l’eau, elle est obligée de repartir en chercher chaque fois, ce qui la fatigue énormément.
Au bout de quelques jours, pour la remercier de son bon coeur, le vieillard lui offre son fouet et lui dit d’en frapper la jarre de sa demeure, qui restera éternellement remplie… Finie la corvée d’eau, elle pourra même en donner aux autres habitants du village.
Mais la belle-mère ayant appris le secret du fouet magique, envoie sa bru rendre visite à sa famille. Pendant l’absence de cette dernière, elle jette le fouet dans la jarre, qui se met à déborder continuellement et provoque l’inondation du village.
Guerriers de bronze, époque Song |
Les dieux de la Porte |
Avertie du désastre, la jeune femme revient dare-dare au village, mais ne peut remédier à la crue qu’en s'asseyant sur le couvercle de la jarre : dès qu’elle se lève, l’inondation reprend…
Elle finit par mourir d'épuisement sur ce drôle de trône, arrêtant alors le désastre et les villageois reconnaissants lui érigent un temple : celui de la Sainte Mère de l’eau…
C'est depuis ce temps que coule la fontaine, éternellement, mais sans jamais déborder, grâce au sacrifice de cette jeune femme au coeur tendre.
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