Le Passage des hommes en Brière

Le village de Kerhinet, où nous résidons, est un ancien village Briéron que le temps avait oublié. Il tombait doucement en ruines, lorsqu'à la création du Parc Naturel Régional de Brière en 1970, on a décidé de le restaurer.

...Aux périodes modernes.

En effet, avec ses voisines, Kerbourg, Kerdanaitre et Kercradet, Kerhinet regroupe la plus forte concentration des 700 chaumières disséminées sur le territoire de la commune de Saint-Lyphard, sur les 3 600 que compte l’ensemble du Parc briéron.

Les chaumières de Kerhinet : L’âme de la Brière et du Parc

Le nom en «ker» de plusieurs de ces hameaux vient, nous dit un panneau, du vieux breton «caer» qui voulait dire alors «enceinte fortifiée» et qui a peu à peu évolué vers le sens de hameau, demeure, habitation. Quant au suffixe "hinet", il semble qu'il ait le sens de "hanté". Bienvenue donc dans le hameau hanté !

Le village s’organise autour d’éléments communs : deux fours, le puits, la mare, un lavoir empierré que chacun avait le droit d’utiliser. Pour dire qu’on se servait du four, par exemple, on posait à côté un fagot dont l’attache identifiait la famille ! Les chaumières sont alignées le long du chemin, la parcelle de terre cultivable est située à l’arrière de la maison.

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   Le chemin principal, la mare et un  four municipal

 C’est vers le milieu du XVII° siècle que ces chaumières sont devenues une composante importante des villages briérons. Elles relèvent d’une architecture traditionnelle : en général, une pièce unique, aux murs épais et au volume bas, pour mieux conserver la chaleur, qui servait de chambre, de cuisine et pour les activités domestiques telles que le filage ou le tissage.

Surmontées de combles qui accueillaient les réserves de la famille, elles sont percées de trois petites ouvertures tournées vers le soleil : la lucarne du grenier, par laquelle le foin était hissé, la fenêtre du rez-de-chaussée et la porte à double battant (la porte à «lusset»).

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Kerhinet : de l'aube au crépuscule, l'enchantement persiste

Les murs sont en torchis ou en pierre sont recouverts d’un crépi de chaux. Un large toit de chaume les recouvre ainsi que les dépendances, les «créniaux» : une étable, une écurie, une salle pour les outils et le matériel agricole, qui leur sont accolées pour éviter la construction d’un autre mur.

Le chaume, qui provient de nos jours plutôt de roseaux de Provence, a une durée de vie moyenne de 30 ans, sa longévité étant liée à la pente, à son exposition et son environnement. Chaque chaumière possède une unique cheminée, toujours construite dans l’axe du pignon.

La chaumière aujourd’hui

Grâce à l’action conjuguée et au soutien financier des élus locaux, régionaux et communaux et du Parc naturel, 18 chaumières ont pu être restaurées ces quinze dernières années. Le Gîte des Ecoliers, où quelques-uns d’entre nous dorment et où nous mangeons tous, en est un bon exemple. Une autre chaumière abrite la reconstitution d'un intérieur Briéron du début du siècle et une exposition permanente des artisans d'art locaux, et, au cœur du village, l’auberge a retrouvé tout son éclat…

La chaumière vit donc encore vaillamment : sous ses aspects anciens, ses murs épais et sa fourrure de roseaux protectrice, elle est à l’intérieur judicieusement réaménagée aux normes du confort moderne. Nous y avons trouvé, lors de notre séjour, de belles salles de restauration ou de travail (y compris une superbe salle de projection et de conférence sous les combles), ou bien les équipements de cuisine et sanitaires nécessaires à l’homme – et à la femme – moderne !

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Kerhinet : l'auberge, le gîte des Ecoliers et la salle de réunion

Le village reçoit chaque année 200 000 visiteurs, et pour les renseigner lors de leur parcours, 12 bornes en granit nous renseignent sur l’historique du village et les us et coutumes anciennes.

Mais comment en décrire l’enchantement ?

Au petit matin du printemps, la lumière dorée du soleil perçant les frondaisons tombe en biais sur les pâtures où se réveillent doucement les moutons blancs et noirs (ce sont des représentants de la rustique race « lande de Bretagne), où les vaches briéronnes dorment encore sous les pommiers dans la brume qui se lève… Un des deux coqs du village, perché sur un muret, fait le beau pour nous, son rival se pavane au sol avant de le défier en combat singulier.

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Kerhinet : la basse-cour vit sa vie en liberté

Indifférente à ce tapage, Madame la poule, chargée de famille, dirige sa troupe de poussins dans le ruisseau qui borde le chemin et lui montre comment gratter pour faire surgir le ver délicieux ou la tendre pousse… Un autre matin, pluvieux celui-là, elle abritera sous ses ailes éployées son petit monde. Curieux, un bébé pointe le bout de son bec vers nous qui saluons au passage la famille, vite rappelé à l’ordre par la mère attentive.

Dans leur enclos, trois oies cacardent à qui mieux mieux : nous voilà replongés dans l’âme immuable des légendes…

Le Moulin de la Fée

Entre le Dolmen de Kerbourg et le village de Kerhinet, se dresse fièrement le Moulin de la Fée. Suivant un nouveau concept original et surprenant, il dresse un trait d’union entre le passé et le présent. Cet ancien moulin à farine est devenu une éolienne produisant de l’électricité réinjectée dans le réseau EDF.

C’est en l’an 2 000 que, pour ses 51 ans, Michel, ancien garagiste originaire d’Héric, réalise son rêve d’enfant. Il s’offre le moulin de la Fée, qui dont le nom vient de la girouette ornée d’une figurine en forme de fée.

Le moulin de la Fée et ses ailes - éoliennes

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    Le moulin de la Fée et ses ailes - éoliennes

 Passionné de mécanique, il pense vite à utiliser la force du vent afin de produire son électricité. Tout en conservant son esthétique traditionnelle, il consacre cinq ans à automatiser l’ancien moulin, alliant mécanique, hydraulique et informatique. Il surélève la tour d’un étage pour que les nouvelles ailes de 17 mètres de diamètre puissent passer au-dessus de la maison d’habitation.

Le dernier étage abrite une salle des machines qui lui permet un fonctionnement en totale autonomie. La rotation à 360° des 10,8 tonnes du chapeau et le déploiement des ailes sont pilotés par informatique et les mouvements de la girouette enregistrés par des capteurs transmettent à un automate les informations de direction et de vitesse du vent.

On peut visiter le moulin, comme 2 000 personnes l’ont déjà fait en 2006. Arrivé au bout de son rêve (et de ses finances), Michel pense maintenant à le revendre pour pouvoir breveter ses inventions et les adapter pour le reste du territoire.

Ce prototype est en effet reproductible sur les 1 500 moulins de France, ce qui permettrait d’honorer le patrimoine et la mémoire de nos anciens tout en suivant les directives européennes qui préconisent de porter à 21% le taux d’énergies renouvelables en 2010, contre les 8% nationales actuelles.