Récits de voyages

Et sur les rives de ma vie.

Auteur : Jéromine Pasteur
Editeur : Arthaud, 2006

Le thème du livre :

Dans ce récit autobiographique, écrit à bord de son bateau, Jéromine Pasteur nous conte cinquante ans d’une existence partagée entre la mer, la forêt amazonienne et la France, Val de Loire ou Jura, de son enfance.

Les chapitres se suivent et se répondent, entre "Mémoires 1"-"Patagonie 1" et "Mémoires 36"-"Patagonie 36", jusqu’au dernier chapitre de cette histoire, "Patagonie/Mémoires – Mémoires/Patagonie".

De la Patagonie d’où part le récit à la Patagonie où il revient, puisque la terre est ronde, nous partageons les rêves, les bonheurs, les inquiétudes ou les angoisses de l’auteur et de ses divers compagnons, humains ou animaux.

Le récit :

Il suit donc deux pistes qui s’entremêlent, les souvenirs et le présent de l’auteur, qui vont se rejoindre à la fin de l’ouvrage.

Connue pour son engagement en faveur des Indiens Ashaninkas, une tribu d’Indiens de l’Amazonie péruvienne, Jéromine Pasteur, descendante de Louis Pasteur, est aussi navigatrice et auteure.

A 17 ans, peu enthousiasmée par ses études, à la suite d’un stage de voile aux Glénans, elle construit en 4 ans un premier bateau de 9,20 mètres, Jydharta, sur lequel elle va sillonner les océans et faire les rencontres qui vont marquer sa vie.

1 : Les Mémoires :

La forêt et les Ashaninkas.
rives vie 2

Arrivée au Brésil, elle découvre l'Amérique latine à pied, en stop, en bus, en camion, en pirogue : Venezuela, Brésil, Bolivie.

Au cœur du Pérou, au pied de la cordillère de Vilcabamba elle rencontre sa "deuxième famille", les Ashaninkas, une partie du peuple arawak dispersée dans la selva en groupes et clans. Ils vivent le long des fleuves Ene, Tambo ou Apurimac en essayant de sauvegarder les valeurs ancestrales, culture, identité, mémoire.

Acceptée et intégrée, Jéromine devient " Chaveta ", ce qui veut dire "papillon". Elle apprend la langue, revêt la cushma, la tunique traditionnelle de coton brun, peint son visage de dessins rouge foncé et fait le travail des femmes, chercher le manioc.

Au fil des pages, nous découvrons la forêt, ses merveilles et ses joies : le cheminement, les fêtes où l’on sirote le pearentsi, la boisson fermentée qui fait rire, les mariages et les naissances, les amours, la beauté de la nature vierge et souveraine.

Ses malheurs, aussi : Lors d’un de ses voyages, en 1990, le village est attaqué par le sentier lumineux, un mouvement guérillero d’inspiration maoïste. Depuis, le sentier lumineux a assassiné sept mille Ashaninkas.

Sa famille, son clan, s’est enfui à pied pendant trois ans, elle les croit disparus avant de pouvoir y revenir et d’en retrouver une partie, mais dispersée des deux côtés de la cordillère.

Néanmoins, la vie continue et son engagement s’intensifie, car d’autres dangers s’ajoutent à celui de la guerre, comme l’épidémie de tuberculose, l’abattage illégal de l’acajou ou le narcotrafic de cocaïne, tous massacreurs de la forêt, de ses réserves et de ses habitants.

Grâce à ses articles, ses livres, ses photos, ses films, Jéromine crée l’association Chaveta en 2004 pour apporter aide et soutien à ses amis : reconnaissance et défense des droits, éducation, santé.

Les lieux de son enfance et de sa jeunesse

On navigue (décidément !) entre Décize, au bord de la Loire où elle grandit, et le Jura de sa famille paternelle, qui sont les lieux des premiers apprentissages et des premières amours, puis on part avec l’auteure au gré de ses explorations : l’Afrique, les Amériques du Sud ou Centrale, les mers et les océans du monde.

On la suit dans ses retours au pays entre deux voyages et les bonheurs familiaux. Héritière du moulin de son grand-père Jurassien, elle s’assied parfois au bord de l’Ain « Ainsi, sans cesse, le long des rivages de ma vie coulent les rivières » (page 413).

Souvenirs, paysages, évoqués avec tendresse plus que nostalgie : notre auteure positive chaque événement, tout ce qui a fait d’elle ce qu’elle est devenue.

Le bateau

Jéromine Pasteur, l'auteureQuand elle n'est pas à Parijaro, chez ses amis Indiens, ou dans ses différentes escales, elle navigue sur toutes les mers du globe. " Je suis une nomade ", dit-elle, et elle le prouve abondamment.

Avec Jydharta, son premier voilier, puis d’autres ensuite, elle est la première femme à avoir traversé l’Atlantique d’ouest en est en solitaire, en ayant traversé l’équateur. Elle bourlingue entre Atlantique, mer des Caraïbes et Pacifique, au gré des bonheurs ou des fortunes de mer. Nous avons ainsi quelques récits de coups de vent et tempêtes impressionnants ou terrifiants, comme l’épopée entre Ouessant et Saint-Malo ou le passage du cyclone Luis en à Saint-Martin en septembre 1995.

Gardienne d’un bateau, elle s’y réfugie avec quelques amis, à l’abri d’une mangrove, lorsque le cyclone est annoncé. Jour par jour, heure par heure, nous suivons le récit de ces rescapés de l’ouragan aux vents de plus de 300 km/h. Officiellement : deux morts (chiffre remonté ensuite à 8). Les chiffres américains donneront, ensuite, plus de 800 morts et disparus, humains ou animaux. Des centaines de maisons arrachées, de bateaux coulés ou éventrés. Un récit hallucinant !

Ensuite, les eaux du Pacifique lui font découvrir les Marquises, les Tuamotu, les Galápagos, et rejoindre la Patagonie, où les deux récits se rejoignent.

En 1987, elle a reçu le Prix Victor de l'Aventure (du nom de Paul Emile Victor).

2 : l’époque de la narration

La Patagonie

Lorsque Jéromine écrit son livre, depuis deux ans, elle explore avec Laurent, son compagnon, les canaux de la Patagonie chilienne en suivant les côtes du nord : Puerto Montt, jusqu’au sud ultime. Noms porteurs de rêve : Chiloe, Ushuaia, le détroit de Magellan, la Terre de Feu… les quarantièmes rugissants, les cinquantièmes hurlants, au milieu de paysages magnifiques et d’animaux peu farouches : manchots, dauphins, phoques, otaries.

La nature est belle, mais pas toujours accueillante sous ces latitudes. Entre deux journées chaudes et ensoleillées, se glissent des courants contraires, tempêtes, pluies et froidures contre lesquelles il faut lutter ou se protéger.

Nous vivons aussi sa relation magnifique de confiance et d’amour avec le petit chien recueilli sur place, « Canard », qui est tour à tour « confiant, impétueux, turbulent, curieux, impatient.»

Depuis, son bateau est à l'ancre à Ushuaia, à la proue des Amériques. Sous la neige, vient-on de lui apprendre. Elle frissonne et se souvient : ce n’est pas facile de naviguer sur cette eau froide, sous la pluie, dans ces défilés gelés aux courants traîtres.

Mais ça nous a valu un si beau récit !

Bibliographie :

Jéromine Pasteur a écrit et fait paraître onze ouvrages  avant celui-ci :

1988 Chaveta, Ed. Filippacchi

1989 Selva Sauvage, Ed. Filippacchi

1990 Les contes de la Grande Forêt, Ed. Filippacchi

1991 Silène, Ed. Fixot

1993 Ashaninka, Ed. Fixot

1996 Ouragan, Ed. Fixot

1998 Taanoki, Ed. Casterman

2001 Taanoki, (2éme tome) Ed. Casterman

2003 L’enfant qui rêvait le monde, Ed. R.Laffont

2004 Vingt ans au coeur de l’Amazonie, Ed. Arthaud

2005 Shelena, Ed. Casterman (en collaboration avec le dessinateur René Follet)

Sites internet

- Le site de Jéromine Pasteur, présente son actualité, ses projets, ses voyages, ses livres.

- Le site de son association présente les Asháninkas de la Cordillère de Vilcabamba, ainsi que les actions entreprises pour les aider : obtenir une identité, un statut social qui s'intègre dans le système national du Pérou, sans devoir sacrifier leur culture, leur vision propre de l'Univers, leur structure sociale, leur langue ou leurs croyances ; sans être chassés de leurs terres, les voir envahies ou détruitres au nom du profit.

Documentaire

Jéromine Pasteur a présenté un documentaire de 52 mn en avant-première lors de l’édition 2005 du Festival des globe-trotters le 26 novembre : Où es tu Ashaninka ?

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