Vers la proue de l'Île de la Cité

Le temps est beau, après l’avoir quittée, nous faisons le tour de la cathédrale. Rue du Cloître Notre-Dame, nous nous arrêtons pour prendre une consommation au café "La Rosace", à l’ombre de l’édifice.

La gentille patronne nous reconnaît : c’est elle qui, un jour d’hiver, de froid et de pluie, nous a réconfortés et réchauffés de son vin chaud et de ses crêpes alors que, transis, nous escortions un groupe de jeunes canadiens ravis, mais gelés, par l’ascension des tours qu’ils avaient faite en courant !

Les jardins de la cathédrale

Nous revenons devant la cathédrale pour la longer du côté de la Seine. Nous passons par le quai de l’Archevêché, qui a abrité les prélats du XVII° au XIX° siècles.

Le charmant square de l’Archevêché nous offre une vue splendide sur les arcs-boutants et le chevet de la cathédrale. Les arcs-boutants hardis, dessinés par Jean Ravy, maître d'oeuvre de 1318 à 1344, ont plus de 15 mètres de portée. Ils assurent la stabilité de l'abside et de ses trois étages en retrait, fragilisés par ses nombreuses fenêtres, en s’opposant aux poussées des 34 m de hauteur de la voûte.

la vue sud de Notre-Dame

Les arcs de pierre semblent fins, évidés qu’ils sont pour canaliser les eaux de pluie jusque dans la gueule des gargouilles menaçantes, arrivées dès 1225 sur la cathédrale.

Dans le square Jean XXIII, de nombreux bancs au soleil offrent repos et contemplation aux promeneurs, pendant que les enfants jouent à leurs pieds. Nous découvrons de curieux arbres : des ormes greffés, à variété dite « horizontale » qui se trouvent d’habitude plutôt au Quartier latin.

La flèche de Notre-Dame, auparavant écrasée par la perspective, nous apparaît dans toute sa majesté, avec ses 90 m au-dessus du sol. En chêne recouvert de plomb, elle pèse 750 tonnes et paraît si frêle et si fragile ! Elle a été érigée en 1860 par Viollet-le-Duc en remplacement de la première flèche, de 1220-1230, qui avait été démolie au XVIII° s.

Nous arrivons à la pointe orientale de la Cité et entrons dans le petit square de l’Île-de-France, d’où la vue est splendide sur la Seine et l’Île Saint-Louis, voisine. Nous en profitons à l’ombre du majestueux saule pleureur qui se penche sur le fleuve.

Le Mémorial des Martyrs de la Déportation

Ce square abrite un émouvant monument : le Mémorial des Martyrs de la Déportation, créé par l’architecte Georges-Henri Pingusson et inauguré par le général de Gaulle le 12 avril 1962.

Après y avoir été autorisés par des gardes, nous ne montons pas vers le Mémorial, nous y descendons, entre ciel et Seine, par un escalier raide, entouré de murs verticaux étouffants comme des murailles et atteignons le palier inférieur.

C’est un parvis triangulaire, lui aussi enserré par de hauts murs, dont la seule échappée vers le fleuve est une étroite ouverture rectangulaire fermée par des barreaux hérissés de piques de fer qui représentent l’emprisonnement et la torture. Nous sommes dans un royaume de silence et de recueillement perceptibles à les toucher…

Le Mémorial des Martyrs de la Déportation

Le mémorial lui-même est en béton recouvert de ciment blanc où sont agrégées des pierres extraites symboliquement des principaux massifs montagneux de France.

La crypte du Mémorial

Nous entrons dans la crypte, surmontée de l’inscription «Pardonne, n'oublie pas...». Faiblement éclairé par des lumières venues du sol, sous une énorme dalle de béton, repose le corps d’un déporté inconnu, ramené du camp de Struthof, en Alsace.

Juste au centre, l'étoile du souvenir est gravée dans une dalle de bronze. Au-dessus du tombeau se dresse une statue de métal, aux formes décharnées, du sculpteur Desserpit.

Autour de nous, sur les murs, courent des extraits de poèmes d’auteurs engagés comme Sartre, Robert Desnos (mort en déportation), Vercors : « Mais le jour où les Peuples auront compris qui vous étiez, ils mordront la Terre de chagrin et de remords, ils l’arroseront de leurs larmes et ils vous élèveront des temples », Paul Eluard : « Je suis né pour te connaître et te chanter, Liberté », Louis Aragon « Celui qui croyait au ciel – celui qui n’y croyait pas – tous les deux aimaient la belle prisonnière des soldats », Saint-Exupéry : « Il n’est pas de commune mesure entre le combat libre et l’écrasement dans la nuit » ou du Chant des Marais : « O terre de détresse où nous devons piocher, piocher ».

Les caractères gravés, par leur aspect tranchant et acéré, suggèrent souffrance et douleur.

 Face à nous, une galerie étroite et sombre conduit le regard vers un point de lumière symbolisant la lueur de l’espérance. Sur ses parois miroitent 200 000 pointes de quartz qui représentent les 200 000 morts français de la Déportation. Des niches triangulaires au nom des camps de la mort renferment des ossements et de la terre provenant de quinze camps d'extermination.

De part et d'autre de la galerie s'ouvrent deux cellules dont la nudité offre l'image du néant, et évoque le passage dans les camps de ceux qui, à peine arrivés, y ont disparu. Tout, ici, a été créé dans le but de représenter l'atmosphère d'horreur et de désespoir propres au lieu d’un tel souvenir : accès étroits, escaliers raides, herses acérées, regard privé d’horizon, recours fréquent au triangle, qui était la marque des déportés…

C’est bien silencieux que nous repartons par un escalier symétrique au premier et que nous remontons à l’air libre. En haut, un panneau explique le drame de la déportation et le caractère insoutenable que nous avons ressenti physiquement dans ce monument.

Un peu plus loin, entre l'île Saint-Louis et le quai Saint-Bernard, sur le pont de la Tournelle, une fière statue se dresse.

Sainte Geneviève, patronne de Paris

C’est celle de Sainte Geneviève, patronne de Paris. Fine, élancée et haute de 5 m, elle est perchée sur un pylône de 10m et semble, d’ici, fendre fièrement les flots. C’est l'oeuvre du sculpteur Paul Landowski.

Sainte Geneviève, patronne de Paris

La statue de Sainte-Geneviève, sculptée en 1928, rappelle l'endroit où a été déposée la châsse de la patronne de Paris, en 885, avant son transfert à l'église Saint-Étienne-du-Mont.

Derrière la légende, on sait que Geneviève de Nanterre (Sainte Geneviève) a bien vécu et l'on a sur elle des témoignages précis, qui nous ont été rappelés en 2002, lorsqu’on a fêté les 1500 ans de sa mort, survenue vers l’an 502.

Elle est née plus de 80 ans plus tôt, vers 420, à Nanterre, au sein d'une famille de l'aristocratie gallo-romaine. Fille unique, elle hérite de la charge de son père et devient conseillère municipale de Paris. Très jeune, sa foi chrétienne est ardente et elle consacre sa vie à Dieu, sous la direction de Saint Germain, évêque d'Auxerre, et à l’établissement du Christianisme en France.