Balade au fil de l'eau à Paris : Le Marais

Et maintenant, un passage par la rue du Temple nous amène vers le sud du Bourg Saint-Martin et la rue de Montmorency, notre prochaine étape.

Cap au sud : le sud du Bourg Saint-Martin

Dans notre périple, nous rejoignons la rue du Temple, qui marque historiquement la frontière occidentale du Marais et regroupe de nos jours trois anciennes rues médiévales : la rue Bar du Bec, la rue Sainte-Avoye et la rue du Temple.

La rue du Temple

rue du Temple

Attestée dès le XII° siècle, la rue reliait le quartier de l’Hôtel de Ville à l’enclos du Temple et séparait les terres des Templiers du « beau bourg » du prieuré Saint-Martin des Champs dont nous venons.

Plusieurs hôtels particuliers commencent à être restaurés, lui redonnant un peu du lustre d’antan. Mais elle conserve néanmoins son caractère populaire, en concentrant un grand nombre de commerces de gros spécialisés dans les gadgets, la maroquinerie et la bijouterie fantaisie.

Une petite anecdote au passage : c’est à l’angle de la rue du Temple et de la rue des Haudriettes que se dressait au Moyen-Âge « l’Echelle du Temple », la plus haute des potences de Paris…

D’anciens hôtels particuliers sont maintenant magnifiquement réhabilités.

Derrière les grilles, de beaux jardins à la française agrémentent les impressionnantes façades, crèmes ou roses, où les frontons cintrés des rez-de-chaussée et des lucarnes encadrent les triangulaires des premiers étages.

Allées de buis, massifs floraux, topiaires, arbustes fleuris, quelques vases et coupes où les yuccas dardent leurs feuilles lancéolées : des havres de verdure dans ce quartier !

La rue de Montmorency

Nous arrivons rue de Montmorency, qui recouvre deux rues ouvertes au XIII° siècle : la rue Courtauvillain, et la rue du sieur de Montmorency. Elle porte depuis 1768 le nom d’une des plus importantes familles de France qui y possédait son hôtel particulier, vendu et transformé au XVII°s.

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L'hôtel particulier, d’origine médiévale, reconstruit au XVII° siècle, est une demeure classique située au numéro 5-7 de la rue, inscrit dans un mur de clôture en demi-lune.

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En 1632, la famille est obligée de vendre l’hôtel : le duc Henri II de Montmorency est décapité à cette date sur ordre du cardinal de Richelieu, sa famille tombe alors dans la disgrâce…

Avant ce triste événement, la vie y était trépidante : les fêtes et divertissements s’y succédaient. On trouve, par exemple, trace d’un grand ballet donné le 3 février 1613 à l’occasion du « Mariage de Monsieur de Montmorency », en son hôtel, ou d’un autre, le 2 mars 1620 : le «Ballet des Fols» : ballets, salons littéraires, intrigues, complots, cette demeure, comme tant de salons du Marais, à cette époque, est un ardent foyer de la vie intellectuelle et politique.

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Théophile de Viau (1590-1626) réputé pour son libertinage et son engagement aux cotés des Huguenots, s’y est réfugié, par exemple… Après les Montmorency, c’est Nicolas Fouquet qui y a vécu 7 ans.

Nous entrons dans la cour, bordée de bâtiments de trois côtés. A gauche, nous admirons le corps de logis principal. Trois travées centrales forment, avec leurs baies cintrées, un avant corps peu saillant, cantonné de pilastres de chaque côté. On voit, dans les appuis des fenêtres, la lettre « T », chiffre de Jean-Louis Thirioux de Lailly qui a rénové la maison au XVIII°siècle.

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Depuis 1951, l’hôtel abrite la Direction générale des Impôts. (Y a-t-il un rapport avec le passage de Nicolas Fouquet, grand surintendant du royaume ?)

La plus vieille maison de Paris

Plus loin, dans la rue, nous faisons une pause devant le numéro 51 : c’est la Maison de Nicolas Flamel, dite «le Grand Pignon».

Elle présente un double intérêt puisqu'elle est devenue, après la remise en question de l’antériorité historique de celle de la rue Volta, la plus ancienne maison de Paris : elle date de 1407. Et, d’autre part, c’est le lieu où vivait un personnage aussi célèbre que plus mystérieux …

L’histoire fait de Nicolas Flamel un alchimiste qui aurait découvert la pierre philosophale qui transmute tout métal en or, ce qui l’aurait rendu très riche.

Ce qu’on sait de sûr, c’est qu’il avait de nombreuses occupations : professeur émérite en Sorbonne, écrivain-juré de l'Université de Paris, épitaphier, enlumineur, libraire et philanthrope. Il a aidé à construire et embellir de nombreux monuments religieux, et il a édifié cette maison en 1407 pour y accueillir pauvres et malades et les soigner, aidé de son épouse, Dame Pernelle.

plus vieille maison de Paris plus vieille maison de Paris nicolas flamel

On lit encore, sous le larmier protégeant le rez-de-chaussée, cette inscription, en caractères gothiques, qui invitait les pauvres à se présenter sans crainte :

« Nous homes et femes laboureurs demourans ou porche de ceste maison qui fut faite en l'an de grâce mil quatre cens et sept somes tenus chascun en droit soy dire tous les jours une paternostre et un ave maria en priant Dieu que sa grâce face pardon aus povres pescheurs trespasses Amen ».

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Abîmée par des réfections abusives à l’époque romantique, la maison a perdu le pignon d’origine qui lui avait donné son nom, mais il reste les deux premiers étages dans leur première décoration, avec trois portes et deux fenêtres encadrées par six piliers moulurés, décorés d’anges, de saints et de vieillards et de colonnettes.

Sur les deuxièmes et cinquième piliers sont gravées les initiales « N et F », initiales du propriétaire. Cette décoration semble être l'œuvre d'un tombier du cimetière voisin de Saint-Nicolas des Champs. Une autre légende (mais au mystère, que n’ajouterait-on pas ?) prétend que le personnage assis, qui tient un livre sur ses genoux, qui est représenté sur le 6° pilier, serait N. Flamel en personne…

A sa mort, il a légué ses biens à l’église Saint-Jacques de la Boucherie : cette maison ne représentait qu’une partie de ses institutions charitables !

Aujourd’hui, la maison est devenue un restaurant, ma foi fort sympathique, à explorer avec des amis !

Vers le Centre Pompidou

Notre promenade du jour est terminée, mais, avant de rentrer, nous flânons encore un peu. Un petit tour dans le Centre Pompidou, une pâtisserie et une boisson dans un des vieux cafés du coin, et nous repartons en passant, rue Quincampoix, devant un des fameux « murs peints » de la capitale.

Ces murs dépendent d’une commission artistique du ministère de la Culture. Leur mission première était de faire oublier l’aspect inesthétique d’un mur, puis s’est élargie à « l’ancrage de l’art contemporain dans la vie quotidienne ». Il y a, pour ça, des thèmes, des règles, des concours.

vers beaubourg vers beaubourg trompe loeil

Ici, au 29 de la rue Quincampoix, c’est un trompe-l’œil où des personnages sont mis en scène : quatre étages de fenêtres se succèdent, où des personnages vivent. Un homme regarde la rue, un autre joue du violon, une femme songe, un chat dort… C’est Fabio Rieti qui a réalisé ce décor entre 1976 et 1988 pour dissimuler un ouvrage de ventilation.

Le passant pressé n’y voit goutte, tellement le mur s’insère dans son environnement. Seule, une plaque peut attirer le regard du distrait : c’est un trompe-l’œil très réussi qui nous replonge dans notre siècle après cette incursion dans le passé du Marais…

L'âge d'or du Marais, notre prochaine visite.

Un autre jour, nous irons nous promener autour de Beaubourg, dans le Quartier de l’Horloge, puis dans le « Marais aristocratique ». En effet, le quartier va connaître un âge d'or au XVII° siècle avec le lotissement des « coutures », les espaces qui étaient encore cultivés. Après la création de la place Royale par Henri IV, l’actuelle place des Vosges, le quartier séduit la noblesse qui s'y installe.

De somptueux hôtels sont érigés, en particulier l'hôtel de Beauvais, l'hôtel de Saint-Aignan et l'hôtel Salé. Au XVIII° siècle, deux chefs d'œuvre, les hôtels de Soubise et de Rohan viennent s’y ajouter. On peut parler d’un véritable « triangle doré »où flotte le souvenir des grands de ce monde, si bien décrits par madame de Sévigné.

Mais c’est une autre histoire…