Balade au fil de l'eau à Paris : Le Marais Saint-Nicolas

Nous revenons de quelques pas, par la rue Saint-Martin et prenons la rue Cunin-Gridaine qui longe Saint-Nicolas des Champs.

Cette belle église mérite une visite !

Comme la chapelle, construite en 1184 par le prieuré de Saint-Martin-des-Champs était devenue insuffisante pour accueillir les nouveaux fidèles du XV° siècle, on a bâti là, entre 1420 et 1480, une nouvelle église, de style gothique flamboyant, comme de nombreuses autres églises parisiennes élevées à la même époque (Saint-Germain-l'Auxerrois, Saint-Séverin, Saint-Merri ...).

L'église Saint-Nicolas des Champs

La façade ouest, rue Saint-Martin, les sept premières travées de la nef, le premier bas-côté sud et deux étages du clocher datent de cette période. Puis, entre 1576 et 1587, on y ajoute deux travées, deux nouveaux bas-côtés au nord et un portail au sud.

Enfin, entre 1613 et 1615, l’église est complétée par les deux dernières travées de la nef, un chœur et un double déambulatoire avec douze chapelles.

Elle est belle, sous le soleil. Nous entrons par le porche principal, gothique flamboyant, orné d'une imposte en fer forgé. On y lit les lettres, à l'envers depuis la rue et l'endroit de l’intérieur « SN et SI » c'est à dire Saint-Nicolas et Saint-Jean, les deux Saints Patrons de l’église.

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Nous sommes saisis par la majesté et l’ampleur de ce long vaisseau. Saint-Nicolas est long de 90 mètres, haut de 20 mètres sous la voûte principale, et offre finalement cinq nefs sans transept, treize travées, un double collatéral bordé de chapelles et se termine par un hémicycle à trois pans.

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Dans notre tour du déambulatoire, nous constatons que les travées sont composées de 99 piliers visibles, numérotés de 1 à 99 en chiffres romains : « I à IC ». L’édifice est aussi nommé «l'église aux 100 piliers».

Les partisans du symbolisme ésotérique disent qu'il s'agit d'une identification aux 100 manières de désigner Dieu dont 99 seulement sont connues. Cette idée est reprise, par les cabalistes, d’un hadith musulman ("dit du Prophète") d’Abû Hurayra : "Certes Dieu a 99 noms, cent moins un. Quiconque les énumère entrera dans le Paradis ; Il est le singulier qui aime qu’on énumère Ses noms un à un " (Boukhâri, tome 8, B.12, R.12).

D’ailleurs, sur cette interprétation, Umberto Eco a écrit, d’inoubliables pages dans « Le Pendule de Foucault» dont plusieurs chapitres se passent dans le quartier, dans la Chapelle des Arts et Métiers, que nous venons de voir.)

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 En se retournant, on admire le grand buffet d'orgue, construit de 1587 à 1613, souvent modifié puis agrandi vers 1775 par le célèbre facteur d'orgue Clicquot.

On attribue les sculptures de la partie centrale à Philippe De Buyster (vers 1635), quant à la peinture religieuse du XVII°s, elle y est particulièrement bien représentée avec le seul grand retable parisien demeuré in situ malgré la tourmente révolutionnaire : “l’Assomption de la Vierge” de Simon Vouet, encadré de sculptures d’anges en stuc de Jacques Sarrazin, et orné de 4 colonnes de marbre noir, dans la tradition de l'art de la Contre-Réforme.

La lumière qui l’illumine en montre, par l’agencement entre la peinture et la sculpture, tout le symbolisme : 4 tableaux en forme de croix. Dans les panneaux du centre, le peintre divise son sujet en deux ordres superposés, l’un terrestre pour le premier, l’autre céleste pour la partie supérieure.

« Sur terre », les Apôtres, des vieillards barbus aux têtes ébouriffées, trouvent vide le tombeau de la Vierge, et affirment ainsi le mystère divin de l’Assomption : une certitude fondamentale pour la dévotion à la Vierge, très vive à cette époque. Au milieu de drapés obliques, des figures d’enfants viennent contrebalancer l’austérité des têtes des vieillards.

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 Au-dessus d’eux, une guirlande d’angelots en pleine lumière amène le regard à se diriger vers le tableau supérieur « le ciel », où figure la Vierge en Gloire et assure l’unité de l’ensemble.
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Sculptés, en dehors des tableaux, des anges : 2 anges en pied placés sur le 1° ordre du retable, dans le chœur, 2 autres anges assis et soutenant une couronne, placés au-dessus du fronton du retable, s’apprêtent à couronner Marie. Plusieurs personnages tendent le doigt vers elle : les anges en pied, un Apôtre lui-même, les angelots… on comprend ici le rôle d’enseignement et d’édification religieuse de la peinture, qui nous vient du Moyen-Age.

Dans cette oeuvre déterminante dans sa carrière, Vouet, de retour d’Italie, a trouvé un superbe accord entre le réalisme de Caravage et le grand art décoratif de Tintoret et Véronèse.

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NPoursuivons notre promenade : dans la deuxième chapelle de gauche, on admire un Saint Nicolas dans la tempête de Jean-Baptiste Pierre qui imite en peinture un relief sculpté (1747), rapporté de Saint-Pierre-du-Gros-Caillou. Plus loin, l’Adoration des bergers, de Noël-Nicolas Coypel, transféré des Hospitaliers de Notre-Dame, ou Jésus bénissant les petits enfants, de Noël Hallé, qui provient du collège des Grassins

Dans une petite chapelle, sous une vitre, bien protégé, un triptyque un peu sombre de l’école de Rubens, l’arrière-chœur nous offre un tableau représentant Saint Charles Borromée communiant les pestiférés… Nous visitons aussi la sacristie, ornée des portraits de tous les abbés qui se sont succédé ici, puis la chapelle du catéchisme, très lumineuse…

Les abords de l'église

En sortant, nous longeons une petite aile de charniers (dont il subsiste une arcade) au pied du clocher, à l’angle de la rue Saint-Martin et de la rue Cunin-Gridaine. L’érudit Guillaume Budé, le mathématicien et philosophe Gassendi, le peintre François Milé, Mademoiselle de Scudéry comptent parmi ceux qui sont enterrés ici.

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Nous admirons le portail Renaissance, inspiré de dessins de 1559 de Philibert Delorme, admirablement sculpté : deux paires de pilastres cannelés composites aux chapiteaux ciselés encadrent une porte cintrée surmontée d’anges musiciens en bas-relief et d’un fronton triangulaire.

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Une pure merveille qui donne sur la rue Cunin-Gridaine, dont le percement, sous Haussmann, a amené la démolition d’une partie de l’ancienne sacristie, au grand dam des fidèles, et deux cadrans solaires encore visibles sur les murs, l'un sur le chœur, l'autre sur l'ancienne sacristie.

Ce dernier est dit « déclinant du matin », il indique les heures italiques et babyloniques.

Sous une corniche feuillagée et à gauche d'une petite fenêtre, à environ 6 m de hauteur, il forme un carré d’environ 2m de côté. Dans sa partie supérieure, une devise « SOL MOMENTA, NICOLAUS MORES » (Le Soleil règle nos heures, Saint-Nicolas nos mœurs), à peine visible, est suivie de la date de 1666.

Quant à celui qui est sur l'arrondi du chœur, il donne sur la rue Turbigo. Entre deux grandes baies, à environ 5m de hauteur, c’est aussi un cadran solaire « déclinant du matin ». Son centre est entouré d'un soleil flamboyant. L’un et l’autre, malheureusement, ont perdu leur style (leur aiguille) avec le temps. Dommage…

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Nous allons maintenant flâner dans quelques-unes des plus anciennes rues et maisons de Paris, en profitant du soleil, toujours éclatant.

Note : Si vous désirez savoir ce que signifie cadran solaire « déclinant du matin », rendez-vous sur ces sites :

1 : Les différents types de cadrans solaires, de Philippe Langlet : --> son site

2 : Etude des heures utiles d'un cadran solaire et généralisation à un astre de déclinaison quelconque (2 è partie) par Jean Pakhmonoff: --> son site

Et maintenant, un passage par la rue du Temple nous amène vers le sud du Bourg Saint-Martin et la rue de Montmorency, notre prochaine étape.