Balade au fil de l'eau à Paris : Le Marais Prieuré

Nous entrons maintenant dans le réseau des petites rues qui font le charme de cette partie du quartier du Marais.

Elles ont été tracées, il y a fort longtemps, sur les terres de l’ancien prieuré Saint-Martin.

Les vieilles rues des terres du Prieuré Saint-Martin

Il a, au fil du temps, été loti : à chacune de ces rues son histoire, ses anecdotes, son ambiance…

Rue Volta

On passe rue Volta, qui s’appelait auparavant rue Frépillon.

Elle est attestée, déjà, en 1269. On l’a nommée Ferpillon, Ferpeillon, Fripilon, Serpillon, etc. avant de lui donner définitivement le nom d’Alessandro Volta (1745-1827), physicien italien, inventeur de la pile électrique qui porte son nom, peut-être par rapport au voisinage avec le Conservatoire des Arts et Métiers.

De l’ancienne dénomination, il reste le nom gravé dans la pierre, où d’ailleurs le “u” du mot « rue » est surmonté d’un tréma. Juste dessous, la pierre d’angle de la maison est découpée en arche : cela permettait le passage des équipages.

rue Frépillon volta

Rue Volta, donc, et la chute d’une légende : au n° 3 de la rue, une maison comprenant un rez-de-chaussée de pierre avec deux échoppes à étal et quatre étages à pans de bois passait pour la plus ancienne de Paris, remontant au XIV° siècle ; or, lors de travaux de réfection en 1980, on s’est aperçu qu’elle a été bâtie sous Henri IV, pour un maître menuisier, Benjamin Dailly.

Ses 3 étages à colombage et torchis, l’étage des combles rajouté au XVIII° siècle montrent que malgré les interdictions municipales (pour éviter les risques d’incendie), ce genre de constructions a subsisté encore quelques siècles !

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Les échoppes sont maintenant occupées par un restaurant asiatique.

En effet les artisans du quartier sont peu à peu remplacés par des confrères venues de la lointaine Asie : traiteurs, restaurants, confection, bijouteries ou articles de cuir abondent dans les rues alentour.

C’est la plus ancienne communauté chinoise de Paris qui vit ici, venue, dans les années 1910, de la province de Zhejiang, au sud du pays. Au départ, c’était les orfèvres qui les faisaient travailler, mais leur production s’est diversifiée dans la maroquinerie et la confection.

Il faut y venir au moment du nouvel an chinois : les dragons défilent, on y organise des cours de calligraphie, de cuisine, des expositions… Ce sympathique endroit vit alors à l’heure chinoise !

 

Un peu plus loin, un bar tout de jaune revêtu : le Bagdad café, connu pour avoir organisé, pendant l’Occupation allemande, la fuite de nombreux Juifs hors de nos frontières.

bagdad cafe
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 Rue au Maire

Nous tournons rue au Maire. La partie la plus ancienne de cette voie s'est appelée passage au Maire, rue au Mayre, impasse du Roi de Rome et rue de Rome. La rue s’est aussi nommée rue Aumair, Aumaire, Homer et Aumère.

 On pense que son nom vient du siège de la juridiction du maire ou bailli de Saint-Martin des Champs qui l'habitait originairement. Il donnait ses audiences dans une maison qui comptait encore, on peut le croire, parmi les 41 maisons que possédait la rue en 1714, et qui existe peut-être encore.
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Car la rue a gardé pas mal de vieilles maisons, dont un pâtissier, au 57, qui n’a pas l’air mauvais !

L’angle de la rue était dure aux mauvais garçons : l'échelle patibulaire de Saint-Martin-des-Champs se dressait là… Les Chroniques de l’époque rapportent que, sous Louis XV, des petits-maîtres en goguette l’ont brûlée, une nuit, mais le prieur l’a fait relever aussitôt !

Et pourtant, sa seigneurie se bornait alors à l'exercice du droit de cens, qui s’est maintenu, quand même, jusqu'à la Révolution.

Rue des Gravilliers

Nous enfilons ensuite la rue des Gravilliers, attestée en 1250. Elle était probablement habitée au XIII° siècle par des «Gravilliers», des ouvriers qui préparaient la cendre gravelée en incinérant des lies de vinaigre.

Quelques porches entrouverts nous laissent apercevoir des cours délicieuses : là, existent encore quelques ateliers où perdurent des métiers d’art et d’artisanat : maître argentier, orfèvre...

C’est lors du départ de la Cour pour Versailles que de nombreux hôtels particuliers ont été investis par une population plus industrieuse.

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Ici, le lierre et la vigne vierge envahissent les murs, les plantes se sont réfugiées dans les pots, recréant dans le Paris moderne l’image qu’on se fait encore des époques industrieuses. Pour arroser ces nombreuses plantes, parfois, une pompe à bras en fonte nous invite à l’effort.

Plus loin, les bambous, arbustes, plantes et fleurs grimpent à l’assaut de sols et des murs avec exubérance: images bucoliques et rafraîchissantes !

Nous revenons ensuite sur nos pas, par la rue Saint-Martin, et prenons la rue Cunin-Gridaine qui longe Saint-Nicolas des Champs.

Cette belle église mérite une visite !