Balade au fil de l'eau à Paris : Le Marais

A partir de nos escales, nous nous proposons d’explorer, sur la rive droite, un quartier exceptionnellement préservé, dont les rues et les maisons, les plus anciennes de Paris, témoignent de son histoire, du Moyen-Âge à la Révolution...

Nous allons dans le Marais, qui forme un vaste quadrilatère encadré au sud par la Seine, à l’est par les boulevards Henri IV, Beaumarchais, des Filles du Calvaire et du Temple, au nord par le boulevard Saint-Martin et à l’ouest par celui de Sébastopol.

Le Marais

Alors que le quartier était cantonné au XVIII° siècle à ce qui correspond au 3°arrondissement actuel, il s'étend donc maintenant au nord sur le 3° arrondissement, et, au sud des rues Rambuteau et des Francs-Bourgeois, sur le 4° arrondissement où il rejoint la Seine et ses quais.

Plusieurs possibilités s’offrent donc à nous pour ces promenades : quitter le bateau à l’Hôtel de Ville, au Louvre ou à Notre-Dame.

Dans chacun des cas, on aborde le Marais par un endroit différent, le quartier est grand et plusieurs balades seront nécessaires !

Tout bien réfléchi, nous allons, aujourd’hui, quitter le fleuve à l’Hôtel de Ville, remonter le boulevard Sébastopol jusqu’au boulevard Saint-Martin, qui constitue donc la limite septentrionale du quartier, et redescendre petit à petit vers la Seine.

Mais avant tout, d’où le Marais tire-t-il son nom ? Ce terme remonte au haut Moyen Age, alors que nous étions ici en pleine campagne, et fait référence aux terrains rendus insalubres par les montées de la Seine qui s'étendaient bien plus au nord, alors qu'ils épargnaient le quartier du Temple…

Le quartier des Arts et Métiers

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Cette partie du Marais, dans le troisième arrondissement a été urbanisée dès le Moyen Age, certainement parce qu’elle s’appuie sur la rue Saint-Martin, qui suit en droite ligne la Rue Saint-Jacques, sur la rive gauche, grâce au pont Notre-Dame. .

C’est l’ancien « cardo » romain, l’axe nord-sud qui unissait Lutèce aux grandes villes de la Gaule.

Le conservatoire des Arts et Métiers

Le long de la rue Saint-Martin, dès le VI° siècle, une abbaye se dresse, vouée à Saint-martin de Tours. Au bord de la rue Saint-Martin, dès le VI° siècle, une abbaye se dresse, vouée à Saint-Martin de Tours.

C’est Saint-Martin des Champs. Mais de nombreux aménagements sont faits et défaits au cours des siècles…

C’est, maintenant, le Musée du Conservatoire national des Arts et Métiers qui est installé sur l’emplacement de l’ancien monastère, dont l’église avait été consacrée en 1067 en présence du roi Philippe I°.

L'enceinte monastique s’était enrichie d'une église, construite de 1130 à 1150 pour le chœur, terminée au XIII° siècle. Le réfectoire, qui longe aujourd'hui la rue Réaumur, aurait été dessiné par Pierre de Montreuil, l'architecte de la Sainte-Chapelle.

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« Dans une cour XVIII°, une vieille église abbatiale enchâssée dans un ensemble plus tardif, comme elle était jadis enchâssée dans le prieuré originel…» dit Victor Hugo.

C’est l'abbé Grégoire qui propose d'affecter une partie des locaux à un Conservatoire des Arts et Métiers, inauguré en 1802. Les bâtiments du Conservatoire sont régulièrement agrandis à partir de la deuxième moitié du XIX° siècle. Le portail d'entrée et la façade de la rue Saint-Martin sont édifiés par Léon Vaudoyer de 1848 à 1850, qui entreprend la reconstruction du berceau de bois de l'unique nef de l'église.

L'abside à chapelles rayonnantes, très restaurée, témoigne de l'apparition du style gothique. En fait, on a construit, autour du sanctuaire, un double déambulatoire flanqué de six petites chapelles arrondies et d’une grande chapelle axiale sur plan tréflé.

Elle est couverte d’une voûte d’ogive dont chacune des branches repose sur une colonnette : ce sont les premières voûtes d'ogives construites à Paris.

Restaurée en 1913, elle est alors libérée des maisons construites le long de la rue Réaumur.

De l’extérieur, le soleil chante sur les pierres blondes. Les chapiteaux sont sculptés d’entrelacs, d’animaux et de feuilles de vigne, donnant un caractère plus ancien à l’édifice, qui a l’air posé sur sa pelouse comme un délicat jouet, au milieu des grands immeubles qui l’entourent

C’est dans le chœur de l'église qu’est installé le pendule de Foucault, celui qui a été utilisé lors de l'exposition universelle de Paris en 1855.

Ce pendule, qui permet de mettre en évidence la rotation de la Terre sur elle-même par des moyens uniquement terrestres, est une des clefs de mystérieux et effrayants chapitres du « Pendule de Foucault» d’Umberto Eco, dont plusieurs épisodes se passent dans cette église.

Mais aujourd’hui, sous le soleil, nous sommes loin du drame : des étudiants profitent du temps pour se prélasser dans la cour, en attendant de rentrer dans leurs amphithéâtres respectifs…

L'ange de la rue de Turbigo

Nous faisons un petit tour dans la rue de Turbigo, jusqu’au numéro 57, pour admirer l’ange-pilier du XIX° siècle qui s’étire sur 3 étages.

A la manière d’Atlas supportant le poids du monde sur ses épaules, cet ange anonyme nous fascine. Comme cette cariatide, une jeune femme, à en juger par sa robe, tient en sa main droite les galons et les glands de sa ceinture, les mêmes que ceux qui pendent de sa collerette, on y voit en général le « génie de la passementerie ».

Elle nous sourit hiératiquement en nous voyant nous attarder, rêveurs…

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Nous revenons de quelques pas vers l’église Saint-Nicolas des Champs.