Journaux et témoignages

Ce qui le motive, lui, le non-croyant, qui partage son temps entre Londres et Paris et qui s’est éloigné de la réalité nord-américaine, c’est l’intérêt, voire l’inquiétude que lui inspire alors la montée de la religiosité aux Etats-Unis.

Ce voyage a été publié initialement en 1989 en langue anglaise. Mais, 15 ans plus tard, en 2004, il constate que cette culture «néo-chrétienne» s’est considérablement étendue et radicalisée vers un fondamentalisme toujours plus pur et dur.

George Bush, nouvellement réélu, est même le représentant le plus célèbre de ce courant évangéliste.

Alors Belfond, son éditeur français, a eu la bonne idée de nous en proposer la traduction, pour que nous puissions comprendre l’ampleur du phénomène.

L'aventure vécue par l'auteur :

kennedy

Dans un marathon de 18 000 kilomètres accompli en trois mois, au volant d’une superbe Ford Mustang rouge vif, de Miami à la Géorgie, de ghettos urbains en cauchemars climatisés pour retraités fortunés en passant par les villages perdus du cœur primitif de la Caroline du Nord, l’auteur multiplie les rencontres insolites : luthériens, unitariens, évangélistes, baptistes, pentecôtistes, méthodistes, témoins de Jehovah, etc., tous ministres du néo-évangélisme.

Parmi eux, nous découvrons un ancien mafieux new-yorkais transfiguré par la foi, une redoutable femme d'affaires qui doit sa réussite à Dieu, de jeunes musiciens chevelus fans de heavy metal chrétien, (une bonne partie de l’activité de Nashville est dédiée à la musique "chrétienne"), un prêtre guérisseur de paralytiques, des motards bibliques, des adventistes anonymes, des télévangélistes fameux ou cyniques et autres prédicateurs acharnés.

Kennedy dissèque le business des sectes et nous découvre leurs stratégies de recrutement. Il est aidé en cela par les Fondamentalistes anonymes, une association d'anciens membres, menacés par ces sectes. Il nous les montre tous, ces pasteurs qui ont une main sur le crucifix et l’autre sur le porte-monnaie, pour qui le marketing religieux fait office d’article de foi, ceux pour qui la religion est à grand spectacle (estrades panoramiques, centaines de choristes, fidèles glapissants, danseuses en dentelles et rubans, ovations au Créateur, transes religieuses…).

Nous découvrons les deux ou trois acteurs de grands scandales (comme Jim Bakker qui a détourné, dans les années 1980, 70 millions de dollars avec sa femme et qui a été découvert à la suite de divers faux pas sexuels, « un homme de Dieu engagé dans un travail d’évangélisation en position couchée »)…

Heureusement, parfois, il rencontre aussi un certain nombre d’individus réellement sincères et respectables qui ont reçu le fameux « coup de fil de Jésus », ainsi que quelques personnages éclopés de la vie qui ont trouvé dans la foi matière à se reconstruire.

En Alabama, par exemple, à Enterprise, à côté d’églises strictement racistes (Blancs, Noirs, riches, pauvres, même si on prône les vertus chrétiennes on ne se mélange pas), le pasteur pas très riche qui place le principe d’amour de son prochain au centre de son action, sans vouloir en tirer de bénéfices financiers.

Plus émouvant encore, l’ancien braqueur-assassin devenu prêtre baptiste, aumônier des prisons à Columbia, en Caroline du Sud, dans le couloir de la Mort. Son rôle ? Aider chacun des condamnés à assumer son sort, à ne pas couler en attendant l’exécution…

Quelques réflexions :

Tous ces pasteurs, prêtres et évêques, que nous voyons s’agiter sous nos yeux, même les pires, dogmatiquement parlant, ne sont nullement antipathiques. Bien au contraire, ils sont accueillants, chaleureux, parfois pathétiques. Mais ce qui fait peur, c’est leur prosélytisme à tout crin, leurs arguments agressifs, leur refus de l’autre, des autres, leur vision totalement manichéenne du monde.

Chacun d’eux se doit d’amener à la « Vérité » autant d’incroyants que possible : c’est ainsi seulement qu’il s’assurera le Paradis. La religion joue un rôle clé aux Etats-Unis, puisque la quasi-totalité des gens croit que le Bien s'oppose au Mal, le premier étant toujours représenté par les États-Unis.

Jésus-Christ est devenu la réponse aux multiples questions et déceptions de l’existence. Il faut ajouter que 70 % des Américains adultes croient en l'existence de l'enfer, et par ce terme l’auteur nous précise bien qu’il s’agit d’un vrai brasier engouffrant les pécheurs et les damnés…

Pour gagner le Ciel, on crie et chante sa foi par des slogans en forme de jingle publicitaires : «Avec Dieu, soyez gagnants», « Dieu est mon copilote », « Boycottez l’Enfer ! »… Dans la vie et les idées des évangélistes, il n’y a aucune place pour le doute, jamais. C’est un vrai cauchemar qui donne froid dans le dos, au fil de la lecture. Nous allons à la rencontre de ces nouveaux fous de Dieu avec une certaine stupeur, amusée parfois, plutôt effrayée, en général.

Cette Amérique est-elle absurde ? Kennedy l’incroyant ne porte pas de jugement, il rapporte ce qu’il voit et entend avec distance et presque neutralité, mais toujours avec beaucoup d’humour et de causticité. Il analyse ce besoin nouveau et impérieux de religion comme « une soif de racine au sein d'une nation qui en a si peu ».

A la fin du voyage, il se dit soulagé de reprendre l’avion pour «regagner un monde plus ancien» dont il attend, on le sent bien, de retrouver les valeurs humanistes.

Biographie de l'auteur :

Douglas Kennedy est né à New York eu 1955, Il grandit dans l’Upper West Side, étudie à la Collegiate School (le plus vieux lycée de New York) et au Bowdoin College dans l’état du Maine, avant de partir un an au Trinity College de Dublin, en 1974.

De retour à New York, il travaille comme régisseur dans des théâtres de seconde zone à Broadway. En mars 1977, entre deux productions, il rend visite à des amis à Dublin. Depuis, il habite toujours de ce côté-ci de l’Atlantique, entre Londres et Paris.

A Dublin, il devient cofondateur d’une compagnie de théâtre puis il rejoint le National Theatre of Ireland. Il y passe cinq années (1978-1983), pendant lesquelles il commence à écrire la nuit. Il consacre totalement sa vie à l’écriture après avoir démissionné de son poste en 1983.

Pour survivre, il devient journaliste free-lance, notamment pour l’Irish Times où il tient une rubrique de 1984 à 1986. Il épouse, en 1985, Grace Carley, conseillère politique au ministère de la Culture, des Média et des Sports britanniques. Ils ont deux enfants : Max et Amelia.

Après l'échec d’une première pièce de théâtre en 1986, il déménage à Londres avec femme et enfants et s'essaie au récit de voyage avec bonheur. Il parcourt l’Egypte, le Sud des Etats-Unis en 1988, l’Australie en 1991 (de Darwin à Perth, il a accompli un périple de 6 000 km entre une ville de 40 000 habitants et une ville d'un million avec 100 000 habitants seulement entre les deux)…

Mais c’est en 1994, avec la publication de Cul-de-sac (refusé par les éditeurs américains et publié en Angleterre) que D. Kennedy sort de l'anonymat. En 1997, le livre est porté à l’écran par Stephen Elliot, le réalisateur de Priscilla, folle du désert.

En 1996 il devient un auteur incontournable avec L'homme qui voulait vivre sa vie. Il écrit ensuite quatre autres romans entre thriller psychologique et satire sociale qui font croître les fans d’un auteur qui joue avec les nerfs de ses lecteurs avec brio.

Il publie, ensuite, La Poursuite du bonheur (Belfond, 2001, Pocket, 2003) suivis de Rien ne va plus (première publication en France chez Belfond, 2002, Pocket, 2004), qui a reçu le prix littéraire du festival du cinéma américain de Deauville 2003, et d'Une relation dangereuse (Belfond, 2003)

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