Journaux et témoignages

carte chine

Ce journal retrace la vie de Ma Yan, fille de paysans très pauvres, qui vit à Zhang Jia Shu, dans la région du Ningxia, une zone autonome, peuplée de musulmans appelés Hui, dans le nord-ouest de la Chine.

Un jour de mai 2001, la mère de Ma Yan, Bai Juhua, lui annonce que, contrairement à ses deux petits frères, elle n'ira plus à l'école, faute d'argent, après cinq années consécutives de sécheresse.

C'est la règle, les filles sont les premières victimes de la pauvreté. Elle a 13 ans, et tous ses rêves s'effondrent. Pour crier sa révolte, la jeune fille écrit une lettre à sa mère au dos d’un mode d’emploi pour graines de haricots : « Je veux étudier » en est le titre.

A l’école, on lui avait demandé de rédiger son journal : sur plusieurs carnets, Ma Yan a raconté son quotidien, très rude. L'école est située à vingt kilomètres de son village, Zhang Jia Shu, un parcours que l'écolière effectue tous les week-ends à pied, en quatre à cinq heures de marche, avec ses frères, par tous les temps, pour retrouver son village et ses parents. Elle a noté au jour le jour les détails simples de la douleur d'un estomac vide, du manque de nourriture, des bols de riz trop vite avalés. «Il n'est pas possible de deviner le sentiment d'avoir FAIM».

Elle a évoqué les sacrifices qu’elle fait pour acheter un stylo-bille : deux semaines sans pain ; les leçons de maîtres d'école d'autant plus rigides qu'ils sont mal formés ; les échecs successifs d'un père mal né et dédaigné par sa belle-famille. Et toujours revient cette question : «Pourquoi est-ce que nous vivons ?» Mais il y a aussi cette foi inébranlable dans l'éducation et cette prière : «Je veux réussir pour que ma mère vive agréablement la seconde moitié de sa vie.»

Elle n'a qu'une obsession : bien travailler pour ne pas décevoir ses parents. Et quand il lui arrive d'échouer, elle écrit encore : «Quand le professeur donne mes résultats, je ne peux plus relever la tête. Je n'ai même pas la deuxième place.»

L’aventure du journal :

mayanBouleversée par le désespoir de sa fille, la mère de Ma Yan confie la lettre et les carnets à des Français de passage dans ce village du bout du monde. Parmi eux, le journaliste Pierre Haski, correspondant français de Libération à Pékin... Il relate l'histoire de Ma Yan, dans Libération, en janvier 2002 avec des extraits du journal de la jeune fille. Un éditeur de Paris propose aussitôt de publier ce témoignage, avant même de l'avoir lu entièrement.

Le journal se présente de façon alternée : sur la page de gauche, en regard du texte de la jeune fille, des notes sur la famille de Ma Yan, son village, le système sociétal, éducatif, sur la Chine des laissés-pour-compte, rédigées par Pierre Haski, sobre et précis. Encadrant le récit, une préface et des annexes supplémentaires sur les circonstances et la suite de l’histoire.

C'est bien un Journal intime : Il est écrit à la 1° personne : le " je " se raconte, s’analyse se plaint, se réjouit. Il est écrit au présent, car il est caractérisé par un aspect quotidien : les réflexions ou les événements sont notés au fil de la vie, plus ou moins régulièrement.

Le journal est donc discontinu, interrompu par la vie " en action ", il n'est pas achevé… Il permet à Ma Yan de lutter contre le désespoir ou la solitude, Il lui permet aussi de voir plus clair en elle-même, il l'aide à lutter contre la fuite du temps, de tenir compte de ce qu’elle a été, de ce qu’elle a vécu pour se construire un avenir meilleur pour elle et sa famille, qui justifiera les sacrifices vécus et racontés.

La suite de l’histoire :

L’article de Libération et la publication du journal ont aussitôt engendré des réactions de solidarité. La création d'une association a permis, dans un premier temps, à Ma Yan et à une trentaine d'autres enfants des villages voisins de reprendre le chemin de l'école, grâce aux dons venus d'Europe.

Devenue célèbre, invitée au Salon du livre, elle est venue en visite à Paris et a pu répondre en direct ou par internet aux questions des lecteurs. Depuis, l'association «Enfants de Ningxia» aide désormais plus de 250 enfants de cette région, à continuer leur scolarité et elle aide le collège de Ma Yan à améliorer ses facilités éducatives. Pour avoir d'autres renseignements, voici son adresse :

Enfants du Ningxia, 45 rue Notre-Dame de Nazareth, 75 003 Paris.

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