Journaux et témoignages :

Le Chili d'Isabel Allende, Mon pays réinventé.

Editeur : Grasset, 2003

Le livre :

Cet ouvrage est né de 2 réflexions ou questions posées à l’auteure qui entrait dans les eaux de la soixantaine : une réflexion de son petit fils qui voulait la rassurer lorsqu’il l’a vue contempler son visage dans un miroir et lui a promis, au moins, encore trois ans de vie à venir… Et la question d’un auditeur, lors d’une conférence, sur le rôle de la nostalgie dans ses romans. Ces 2 interventions ont donné naissance à ce livre, où elle va « divaguer dans ses souvenirs »

Isabel Allende est une grande voyageuse, tant par nécessité que par choix : « Presque toute ma vie, j'ai été une étrangère, condition que j'accepte car je n'ai pas d'autre alternative. Plusieurs fois, je me suis vue obligée de partir en brisant des liens, en laissant tout derrière moi pour recommencer une vie ailleurs».

A 9 ans, elle suit sa mère et son beau-père diplomate dans le monde, puis après un retour au Chili à 15 ans, en 1957, elle en repart en 1975, volontairement cette fois-ci, deux ans après le coup d’état du 11 septembre 1973 contre le Président Salvador Allende, un cousin de son père. Elle dresse le portrait contrasté et plein d’humour du Chili, où elle mêle souvenirs, pensées personnelles, anecdotes familiales, joies et tristesses à l’histoire, la culture, la géographie, les mentalités et la politique de son ancien pays qu’elle a aussi beaucoup visité...

Butinons au hasard des pages certaines images, puisqu’elle nous dit bien : "Les souvenirs ne s'organisent pas chronologiquement, ils sont comme la fumée, si changeants et éphémères que si on ne les écrits pas ils disparaissent dans l'oubli. J'essaie d'organiser ces pages par thèmes ou époques, mais cela est presque un artifice à mes yeux, vu que la mémoire va et vient, comme un interminable anneau de Moebius".

Nous sommes donc autorisés à citer, en vrac, certains aspects de sa vie quotidienne à Santiago, dans une famille de la bourgeoisie, mais peuplée d'excentriques, cette famille atypique où elle a puisé, plus tard, les personnages merveilleux de ses romans, à commencer par ceux de «la Maison aux esprits».

On lit son enfance solitaire et assez complexée, mais racontée de façon très drôle, son premier mariage, sa lutte aux côtés des féministes chiliennes, ses débuts comme journaliste, sa joie lors de l'élection de Salvador Allende et de ce gouvernement d'Unité populaire, de la liesse du pays et des années qui suivirent, "les plus intéressantes" de sa vie, puis son départ pour les Etats Unis, son 2° mariage, sa vocation d’écrivain…

On aime ses récits de voyage dans les différentes contrées sud-américaines : la traversée en famille et en train du Désert d’Atacama, le voyage en bateau à Chiloé, dans l’extrême Sud et ses histoires de sorciers, le Pérou ou la Bolivie des postes de ses parents.

Le titre :

pays reinventeSes premiers essais d’écriture remontent à son 1° départ, lorsque sa mère lui offre un carnet pour y faire un journal de voyage.

Son premier roman est, ensuite, la dérive de la longue lettre qu’elle écrit du Venezuela à son grand-père centenaire et mourant. Mais pourquoi ce pays « réinventé ? »

Parce qu’à plusieurs reprises, l’écrivaine explique qu’il s’agit d’un récit fort peu objectif, et qu’elle y multiplie les arrangements et les exagérations. « je faisais une sélection de mes souvenirs, changeais quelques faits, en exagérais ou en ignorais d’autres, affinais mes émotions et construisais peu à peu ce pays où j’ai planté mes racines »

Raconter de son exil ces souvenirs sans sentiment et sans passion serait, à ses yeux, une trahison : «ce livre (est) une série de souvenirs, lesquels sont toujours sélectifs et colorés par l’expérience et l’idéologie personnelle».

Son pays est, comme dans ses romans, poétique, embelli ou recréé, « réajusté » suivant le besoin et l’humeur de l’auteure. Tout comme les personnages que l’on y croise, il devient mythique et remplace le réel pour notre plus grand bonheur.

Quelques réflexions :

Nous, les Européens, sommes à mi-chemin culturel, pourrait-on dire, entre le Chili de l’auteure et les Etats Unis, pays où elle vit maintenant. Ce qui fait que nous nous retrouvons dans ses descriptions de villes et de personnages qui sont, parfois, ceux de la France d’avant la mondialisation.

J'aime bien les comparaisons qu’elle établit entre les 2 pays, les jugements qu’elle porte, les souvenirs qu’elle transporte et qui deviennent un peu les nôtres. Et j'aime surtout ce qui passe à travers ce récit : Isabelle, ses joies, ses tristesses, sa volonté, son dynamisme. Un autoportrait flottant et émouvant. Il donne envie de lire ou de relire ses romans, à la lueur de ce qu’on vient d'apprendre. Au travers de la fiction, on espère ainsi retrouver ses lieux de prédilection et les membres étonnants de sa famille, transformés et magnifiés par la création romanesque.

A noter : le site officiel d’Isabel Allende, qui est écrit en Espagnol et en Anglais. Il présente l’auteure, sa vie, son œuvre, une galerie de photos, etc. Très bien documenté et attractif, il est néanmoins réservé aux hispanophones et anglophones !

L'auteure :

Isabel Allende, de nationalité chilienne et américaine, est née à Lima au Pérou, en 1942. Elle a fait de la télévision, écrit des chroniques journalistiques.

Comme auteure, elle a écrit des oeuvres de théâtre, des contes pour enfants et a publié notamment La Maison aux esprits (Fayard, 1994), Fille du destin (Grasset, 2000), Portrait sépia (Grasset, 2001), La Cité des dieux sauvages (Grasset, 2002), Zorro (Grasset, 2005).

Elle est parfois confondue avec sa cousine, prénommée elle aussi Isabel, fille de l'ancien président Salvador Allende et députée socialiste à Santiago.

Avez-vous lu ce livre ? Qu'en avez-vous pensé ?