Journaux et témoignages

Le thème du livre : Ce texte se situe pendant les jours tragiques et cruciaux d'août 1944 où l'auteur, agé de 19 ans, a vécu les derniers combats qui ont libéré la ville d'Orléans, de mai à septembre 1944.

De jour en jour, mais surtout de nuit en nuit, le jeune homme qu'il était alors nous conte les souvenirs d'une époque difficile, mais porteuse d'espoir, d'éveils et d'ouvertures au monde, au futur, à l'avenir...

De son jardin, sous son tilleul (d'où le titre), le jeune Jacques nous dit sa ville, les rues, les caves où ses amis et lui, secouristes volontaires, s'activent sous les bombes pour secourir les blessés et dégager les morts des décombres. Mais comme le texte est mené par celui qu'il est devenu plus tard (le livre est paru en 1999), nous avons de continuelles échappées vers le passé, qui a construit nos civilisations, et le futur, que l'écrivain Lacarrière connaît alors.

Entre 2 bombardements, en ces jours d'été, ces jeunes gens vivent la fin de leur adolescence : les premières amours de l'auteur et la présence d'Eléonore, les promenades au bord de la Loire, les méditations sous le tilleul, les questions sur notre société et l'existence, sur les mots et leur sens - et là, c'est tout le devenir de l'écrivain qui est en lui qui montre le bout de son nez - sur le départ et les voyages qui vont conditionner toute sa vie.

Il sait que le monde ne se limite pas à Orléans, que la Loire va vers la mer. Le monde l'attend et d'abord la Grèce, dont il rêvait déjà au lycée, car il y faisait du grec. Pour lui, c'était alors un pays où personne n’allait jamais. Il a maintenant envie de se rendre sur place pour voir.

 

Un extrait du livre (4° de couverture) :

"Oui, forts et denses, éclairants, lumineux furent finalement ces jours de l'été 1944. Ces jours qui contribuèrent si fortement à hâter la fin de mon adolescence. Quand les parents furent de retour, une fois la ville libérée, ils pensaient nous retrouver intacts, je veux dire tels que nous étions auparavant. Mais nous avions grandi, mûri, et tant changé que s'ils avaient eu ne fût-ce qu'une once d'intuition, ils n'auraient même pas dû nous reconnaître.

C'est à ce moment-là, quand tout autour de nous n'était que ruines, que la ville presque entière était à reconstruire et l'avenir à repenser, que je décidai seul, absolument seul (mais avec la complicité du tilleul) de ce que je ferais de ma vie : être cigale et jamais fourmi."

 

Quelques conclusions :

Orléans a offert à Jacques Lacarrière son enfance et sa jeunesse, ses premiers flirts, ses premiers paysages. A la fin de l'essai, Jacques part vers de nouveaux jardins, de nouveaux fleuves, de nouveaux voisins, de nouvelles femmes. Le voyage et l'écriture vont emplir sa vie.

Le voyageur, tel qu'il le conçoit, essaie d'apprendre quelque chose de son voyage, L'écrivain qu'il est devenu a écrit des récits de voyage "non pas ceux qu'on lit en voyage mais ceux qui, en principe, font voyager" (page 190).

Sans vouloir nous éblouir par ses émotions ou son lyrisme, il va tenter de nous guider, d'élucider le monde qu'il décrit, de nous faire partager ses bonheurs, ses découvertes et ses coups de coeur...

 

Bibiographie

En effet, quel bonheur de découvrir ces récits, voyages, traductions, photos, essais, poésies... Il partage avec nous, par exemple, entre autres ouvrage qu'il a publiés :

- La Grèce : L'été grec (Plon, 1976), une somme rapportée de plusieurs voyages effectués entre 1947 et 1966, ou : la Grèce vue du ciel (Gallimard, 1996),
- Mais aussi la Turquie : La Cappadoce (Hatier, 1988),
- La Russie : Promenades à Moscou et à Léningrad (Balland, 1969 ),
- L'Egypte : L'Égypte, Au pays d'Hérodote (Ramsey, 1994), une traduction fidèle du texte grec et des commentaires qui permettent de faire le lien entre l'Égypte d'Hérodote et celle d'aujourd'hui, ou : Marie d'Égypte, ou Le désir brûlé (Points Seuil, 1999), le premier roman de J.L., écrit sur l'Egypte aux débuts du christianisme,
- Sans oublier la France : Chemin faisant (Fayard, 1973) : mille délicieux kilomètres à pied à travers la France, des Vosges (Notre Dame des Vignes) aux Corbières (Notre Dames des Olives), Gens du Morvan (le Chêne, 1978), Alain-Fournier, ses demeures (C. Pirot, 1991)... etc.

 

L'auteur

Jacques Lacarrière est donc écrivain, poète, traducteur (du grec) et avant tout grand voyageur .

Né à Limoges en 1925, il a passé toute sa jeunesse à Orléans, avant de faire des études de lettres classiques à la Sorbonne, à Paris. En même temps il suivait des cours de grec moderne et d'hindi à l'École des langues orientales.

En 1947, il découvre la Grèce : il va jouer à Épidaure au sein d'une troupe théâtrale d'étudiants de la Sorbonne. Ebloui, il y repart seul en stop en juillet 1950. Voyageant la plupart du temps à pied, il est vu comme l'un des des premiers « routards », un précurseur de la mode de la randonnée !

Helléniste passionné, il séjourne ensuite en Grèce de 1952 à 1966 et découvre la culture grecque moderne. C'est la publication de L'été grec dans la collection Terre humaine en 1976 qui le fait connaître comme écrivain. Mais déjà en 1973, il avait fait paraître Chemin faisant où il racontait une traversée de la France, 1000 km du nord au sud, à pieds...

Jacques Lacarrière a écrit de nombreux livres sur la Grèce antique et moderne, mais il s'est aussi intéressé à la Turquie, à la Syrie, à l'Égypte, à l'Inde… ainsi qu'à la partie de la France où il a vécu, le Val de Loire, la Bourgogne…

Il partage maintenant son temps entre Paris, ses voyages, et le village de Sacy, dans l'Yonne, où il s'est installé dans la maison familiale.

Avez-vous lu ce livre ? Qu'en avez-vous pensé ?