Romans et nouvelles

Le résumé :

En 1931, l’Exposition Coloniale à Paris doit consacrer l’apogée de l’Empire français. A cette occasion, plusieurs centaines d’« ambassadeurs » des colonies africaines et asiatiques ont été « invités » à faire le voyage. Ils sont, en fait, exposés au même titre que les animaux exotiques dans l’enceinte de l’Expo…

Parmi eux, cent cinq Kanaks sont exhibés comme « cannibales authentiques ». 91 hommes, 14 femmes et enfants originaires de Canala, Ouvéa, Lifou et Maré auxquels on a promis une visite agréable de la capitale en échange de quelques démonstrations de la culture calédonienne (danses et chants) se sont embarqués le 15 janvier sur le Ville de Verdun, et, après deux mois de traversée, ont été menés à Paris, et parqués comme attraction, au milieu des crocodiles.

Mais, quelques jours avant l’inauguration officielle, empoisonnés ou victimes d’une nourriture inadaptée, tous les crocodiles du marigot meurent d’un coup.

Une solution est négociée par les organisateurs afin de remédier à la catastrophe.

expo cannibaleLe cirque Höffner de Francfort-sur-le-Main, qui souhaite renouveler l’intérêt de son public, veut bien prêter les siens, mais en échange d’autant de Canaques. Qu’à cela ne tienne ! Les « cannibales » seront expédiés. 60 Canaques sont donc échangés contre des crocodiles de Francfort, pour être montrés à Berlin, Francfort, Hambourg, Leipzig et Munich comme des singes nus polygames et cannibales. Les Canaques restant au jardin d’Acclimatation de Paris sont obligés de jouer leur rôle, mangeant viande crue et dansant en criant comme de prétendus « sauvages ».

La jeune Minoé est emmenée avec une trentaine des siens dans un camion en partance pour l’Allemagne. Mais Gocéné, son fiancé, a promis au chef de son village de veiller sur elle tout au long de leur séjour européen. Il s’échappe donc en compagnie de son ami Badimoin. Tous deux courent affronter la pire des jungles : une grande ville occidentale. Aussi lucides que désorientés, nos héros poursuivent leur quête et leur promesse dans la jungle citadine.

Parqués presque nus, ils doivent se vêtir, se nourrir, retrouver la trace de leurs compagnons… On assiste à une longue fuite ponctuée de poursuites, de coups de feu, de planques d’un meurtre… Parmi les moments forts : un épisode dans le métro parisien, en écho aux interdits calédoniens de pénétrer dans le sol, qui est le lieu des défunts, ou le retour à l’Expo, pour trouver de nouveaux renseignements...

Au début du récit, Gocéné, revenu en Nouvelle-Calédonie, a atteint 75 ans. Arrêté à un barrage routier par deux soldats adolescents, il entreprend de leur raconter l’incroyable récit de sa jeunesse. Il s’agit de convaincre les jeunes militaires qu’ils viennent de commettre une erreur de jugement en chassant Francis Caroz, l’homme qui l’accompagnait : ce dernier est respectable malgré sa nationalité (française) et sa couleur de peau (blanche). La morale et le devoir d’ingérence font partie intégrante de sa personnalité, la suite du récit revient sur son importance dans le vie de Gocéné.

Les thèmes et les enjeux du récit :

Un homme reste-t-il un homme lorsque d’autres le considèrent comme un anthropophage sauvage ? Comment garder sa dignité en se retrouvant parqué dans un zoo entre les fauves et les caïmans ?

C'est une triste tranche de l’Histoire de la police et de la politique françaises de l’époque, vue au travers du prisme de la littérature. Véritable hymne contre l’humiliation, cet ouvrage engagé invite le lecteur à s’interroger sur les mécanismes qui peuvent conduire une civilisation dite avancée à dénier toute dignité à un autre peuple.

C'est un appel à nos conscience endormies, qui réclament de fréquents électrochocs pour accepter d’entrouvrir les yeux sur les réalités passées et présentes.

L'auteur :

daeninckx cannibaleNé en 1949, à Saint-Denis, Didier Daeninckx a exercé pendant une quinzaine d’années les métiers d’ouvrier imprimeur, animateur culturel et journaliste localier.

En 1984, il publie Meurtres pour mémoire dans la « Série Noire » de Gallimard. Il a depuis fait paraître une trentaine de titres. Plusieurs de ses ouvrages ont été publiés dans des collections destinées à la jeunesse (Syros-Souris Noire, « Page Blanche » chez Gallimard, Flammarion).

Il est également l’auteur de nombreuses nouvelles qui décrivent le quotidien sous un aspect tantôt tragique, tantôt ironique, et dont le lien pourrait être l’humour noir.

Il a obtenu de nombreux prix (Prix populiste, Prix Louis Guilloux, Grand prix de littérature policière, Prix Goncourt du livre de jeunesse...), et en 1994, la Société des Gens de Lettres lui a décerné le Prix Paul Féval de Littérature Populaire pour l’ensemble de son œuvre.

Il travaille en tant que journaliste à amnistia.net, un quotidien en ligne d’information et d’enquêtes. Lorsqu’on lui commande un texte sur l’abolition de l’esclavage, pour la célébration du 150e anniversaire, il écrit ce texte bref mais efficace.

Pour cela, il a, en Nouvelle-Calédonie, rencontré durant quatre semaines des conteurs, chefs de village. Certains lui ont évoqué ce lamentable épisode de l’histoire des relations franco-calédoniennes. Il travaille alors sur la « réinscription » de la mémoire collective.

Cannibale sort de l’ombre un épisode historique tragique, aux retombées actuelles, selon sa thèse : les « événements » de la décennie 80 ont trouvé leurs sources dans toutes ces humiliations passées. La Nouvelle-Calédonie est une terre d’enjeux politiques et culturels, mais aussi de recherches historiques.

Avez-vous lu ce livre ? Qu'en avez-vous pensé ?