Le Thème du livre :

Enfermé dans la prison d'État californienne de Saint Quentin, le héros de ce roman, le professeur Darrel Standing, attend son exécution. Il y a huit ans, alors professeur d'agronomie à l'école d'agriculture de Berkeley, il a été condamné à perpétuité pour crime passionnel, puis condamné à mort par pendaison pour l’attaque d’un gardien.

En prison, il a été la victime d'une dénonciation calomnieuse d’un autre détenu qui voulait améliorer son propre sort : il aurait, pour une tentative future d’évasion, caché de la dynamite quelque part dans la prison.

Sur ses huit années d'incarcération, à cause de son refus de coopérer avec les autorités, (mais comment dire où est cette dynamite qui n’a jamais existé ?) il en a passé cinq dans les ténèbres d'un cachot, surnommé la «mort vivante» pour rébellion. Il y subit le supplice de la camisole de force et de la privation de nourriture pour rébellion.

Pour échapper à cette situation intenable, suivant le conseil d’un codétenu avec lequel il communique par tapotements contre le mur par un système alphabétique complexe, il pratique l'auto-hypnose, ce qu’il nomme «la morts en raccourci» et s'évade par la pensée.

Il vagabonde dans ses vies antérieures. Au fil des réincarnations, il se voit comme le comte Guillaume de Sainte-Maure, escrimeur sous Louis XIII, un jeune garçon dans une caravane de pionniers massacrés par les Mormons et les Indiens pendant la ruée vers l'or, un marin anglais marié à une princesse coréenne du XVIe  siècle, un matelot viking, Ragnar Lodbrog, reconverti en centurion de Ponce Pilate au moment du procès de Jésus; un homme des cavernes à l'aube de l'humanité…

Toutes ces intrigues parallèles placent leur héros dans des situations successivement dramatiques, même si, au départ, on pense que l’aventure sera, pour une fois, plaisante : tyrannie, aliénation sociale, catastrophe naturelle ; mais chacune est sauvée par l’Amour que vit le protagoniste, fil conducteur de la lutte de l’Homme contre l’oppression au travers des siècles.

Réflexions :

vagabond 1Ce roman est à la fois un livre engagé, réaliste, héritier direct du J'accuse de Zola, dénonçant le système carcéral américain, un roman fantastique dans tous les sens du terme et un superbe roman d'aventures,...

Passant sans arrêt du réalisme au fantastique, de l'univers monotone et exigu d'une geôle au supplice de la camisole de force ou aux rebondissements émaillés de prodiges, Le Vagabond des étoiles est à la fois un procès contre l'univers carcéral et un hommage à l'imaginaire.

Jack London s’est inspiré, pour la part réaliste de ce roman, de la vie de deux authentiques détenus : Jake Oppenheimer, exécuté en juillet 1913 et Ed. Morrell, libéré après 15 ans de prison.

Considéré comme son dernier acte de militant socialiste, comme son testament littéraire et philosophique (Jack London meurt un an après la parution de son livre), c'est aussi l'un des chefs-d'oeuvre de l'auteur.

A noter : la parution de son roman a créé un mouvement d’une telle ampleur que l’usage de la camisole de force a été supprimé (mais ne l’a-t-on pas revu récemment remis en usage, après le 11 novembre qui est dans toutes les mémoires, à Guantanamo, sur les prisonniers politiques soupçonnés d’être des terroristes ?)

L'auteur

jack londonJack London est un romancier américain, né à San Francisco le 12 Janvier 1876, mort à Glen Ellen en 1916

Issu d'un milieu misérable et marginal (il est le fils naturel d’un astrologue ambulant irlandais, puis a été reconnu ensuite par l’époux de sa mère, John London, qui lu a donné son nom), il parvient au succès après des années de pauvreté et de vagabondage, grâce à son talent de conteur.

Ses oeuvres, tels Croc Blanc ou L'appel de la forêt, sont souvent des récits d'aventure ou de voyage, où l’homme se mesure à la nature encore sauvage de cette Amérique que l’auteur a eu le privilège de côtoyer. Il y a exercé tous les métiers : paysan, marin, étudiant, blanchisseur, cheminot, chercheur d’or, journaliste, écrivain…

Ses livres, une cinquantaine d’ouvrages, forment une vaste fresque de l’aventure des hommes de la fin du XIX° siècle au début du XX° : romans-reportages sur les aventuriers ou les révoltés, récits de la ruée vers l’or au Klondike, évocation de la vie des chasseurs du Grand Nord, des forestiers de l’Ouest, histoires vécues ou imaginaires inspirées par la pêche au large, les milieux de la boxe, la révolution mexicaine, contes des mers du Sud…

Il ne faut pas oublier les romans d’inspiration socialiste parus au début des années 1910, dans des revues politiques et des magazines US. On peut dire qu’en Amérique, .London est le premier grand auteur marxiste de ce siècle, un fin analyste fictionnel des rapports de classes qui se sont installés à son époque, comme dans Le peuple de l’abîme, qui raconte la dégradation des conditions de vie des classes populaires ou dans Martin Eden, largement autobiographique.

Ni ses romans d’anticipation, eux aussi à caractère politique. Le Talon de Fer (une révolution socialiste aux Etats-Unis sévèrement réprimée par les conservateurs) ; les Histoires des siècles futurs, (guerre bactériologique, guerre nucléaire, réveil de la Chine)…

En 1913, il est traduit en 11 langues, c’est un des écrivains américains les plus lus dans le monde et aussi un des plus riches. Fidèle au socialisme qu’il a découvert à l’université, il s’est fait le chantre de la résistance au destin, de la révolte contre la société et ses abus et de la défense des pauvres.

Mais il est malade des reins, devient dépressif et sombre parfois dans l'alcoolisme. Le 22 novembre 1916, il avale une dose létale d'un somnifère à base de morphine et meurt dans son ranch californien, à Glen Ellen.

Etait-ce une défense contre sa néphrite et ses problèmes nerveux ou un geste suprême d’évasion hors d’un monde qu’il trouvait hostile ?

Avez-vous lu ce livre ? Qu'en avez-vous pensé ?